Saint-Bernard de La-Chapelle

Saint-Bernard de La-Chapelle
11 rue Affre, Paris 18e
Entrée : 12 rue Saint-Bruno

M° Barbès-Rochechouart, Château-Rouge, La-Chapelle

Visites ACF/Paris : 01 42 64 52 12
saint-bernard-de-la-chapelle.fr

L’intérieur, très homogène, répond aux canons de l’art gothique tels que le 19e siècle les interprétait. Les proportions harmonieuses contrastant avec celles de l’extérieur favorisent une atmosphère paisible.
Saint Bernard. Vitrail du transept sud, (détail).
Le baptistère et son couvercle émaillé.
La Chapelle est le nom du village qui se constitua près d’un oratoire que sainte Geneviève1 fit construire en 475 sur le lieu présumé de la sépulture de saint Denis2, premier évêque de Paris. Il se trouvait au bord de la voie reliant Lutèce aux provinces du nord, sur la pente orientale de la colline de Montmartre où, selon la légende, saint Denis fut décapité vers 250.En 1204, le village est érigé en paroisse et l’oratoire de Geneviève remplacé par une église.

Au 19e siècle, la révolution industrielle attire dans les faubourgs de Paris une main-d’œuvre nombreuse, vivant dans la précarité. L’installation des voies ferrées de la gare du Nord bouleverse le site. La population de La Chapelle s’étend sur la Goutte-d’Or3 et la vieille église Saint-Denis s’avère insuffisante. En 1854, plutôt que de la réhabiliter4 ou de l’agrandir, le conseil municipal décide d’en édifier une nouvelle pour créer un centre urbain pour ce secteur. Celle-ci est dédiée à saint Bernard de Clairvaux5  qui serait venu en pèlerinage en ces lieux durant l’année 1147, au moment où il prêchait la deuxième croisade.

La construction en est confiée à l’architecte Auguste-Joseph Magne6 qui propose un projet de style gothique flamboyant proche de celui de l’église Sainte-Clotilde,  à peine achevée près de la Chambre des Députés. L’inauguration a lieu en 1861, au lendemain du rattachement à Paris des communes limitrophes.

L’église Saint-Bernard est orientée vers l’ouest, à l’inverse de nombreuses églises tournées vers l’est, point où la lumière se lève, symbole du Christ qui est lumière pour éclairer le monde (Luc 2, 32).

A l’extérieur, le paisible square face à l’église dégage son porche à pans coupés et lui donne un petit air provincial. Celle-ci se dresse au milieu des maisons avec sa flèche, ses arcs-boutants, ses gargouilles et ses chapelles. Celle du chevet, polygonale, est couronnée d’une Vierge qui présente son fils Jésus à la ville.

Sur la façade, le décor sculpté se réfère à la résurrection du Christ qui fonde la foi chrétienne. Sur les piliers, deux anges tiennent, l’un, la couronne d’épines et un linge, l’autre, la croix et un livre. Placée au sommet de l’arc principal du porche, la statue du Christ7 est visible de loin. A l’arrière, une Vierge à l’Enfant accueille les fidèles et les visiteurs8. Sur les côtés, les tympans des faux portails du transept9 illustrent, au sud, le couronnement de la Vierge et, au nord, la Résurrection10.
A l’intérieur, l’église est inspirée de l’architecture de l’époque gothique. Le déambulatoire et les bas-côtés qui ceinturent le chœur et la nef, forment au sol avec le transept une croix qui rappelle celle du Christ.

Au fond du chœur, une statue de la Vierge se détache sur le déambulatoire. Couronnée d’étoiles, debout sur un croissant de lune et un nuage blanc, elle représente l’Immaculée Conception dont le dogme a été promulgué en 185411.

Au-dessus du triforium12, de larges baies laissent entrer la lumière naturelle qui fait jouer les couleurs des vitraux géométriques13 sur les pierres nues des murs et les voûtes d’ogives. Dans les chapelles, une série de saints et d’apôtres sur les vitraux forment une chaîne qui conduit vers le vitrail central du chœur où, aux pieds du Christ, figurent les quatre évangélistes : Luc et le taureau, Marc et le lion, Jean et l’aigle,  Matthieu et l’ange14.

Sur l’ancien maître-autel, le tabernacle15 en bronze doré reproduit un portail d’église de style gothique. Comme ceux des chapelles, il témoigne de l’essor de l’orfèvrerie religieuse au 19e siècle.

A mi-nef et appuyés sur un pilier, la chaire à prêcher et son abat-voix sont en bois teinté couleur pierre. Dans le feuillage qui soutient la cuve, on distingue un personnage qui tend l’oreille et un second qui écrit. A la manière de certains édifices gothiques, on retrouve à la naissance des arcs latéraux les visages de l’architecte, des artistes, de quelques notables de la municipalité et du curé d’alors16.

Au-dessus de l’entrée de l’église, un arc en anse de panier soutient le grand orgue17, de facture soignée et dans son état d’origine. Il a été classé monument historique en 1978. Sa grande qualité sonore en fait  un des fleurons du patrimoine français des orgues. Dans la première chapelle du bas-côté sud, se trouve le baptistère où est célébré le baptême, sacrement qui marque l’entrée dans l’Église. Les émaux cloisonnés turquoise et azur du couvercle de la cuve, sont typiques de l’art décoratif du milieu du 19e siècle.

Aux extrémités du transept et en vis-à-vis, les retables en pierre de deux autels identiques sont consacrés l’un (au nord) à saint Bernard, grand défenseur de la foi chrétienne, et l’autre (au sud) à sainte Geneviève, protectrice de Paris. Ils reprennent la tradition d’enseignement de la statuaire des églises gothiques18.

Derrière le chœur, dans la chapelle axiale consacrée à la Vierge Marie, quatre panneaux peints19 retracent les grands moments de sa vie : l’Annonciation par l’ange Gabriel, la Visitation chez sa cousine Elisabeth, l’Adoration des Bergers à la naissance de Jésus et son Assomption au ciel après sa mort. Les vitraux géométriques et les tons soutenus du décor mural renforcent l’effet d’écrin formé par cet espace décagonal. L’ambon20 ajouré en granit gris est le chef-d’œuvre qu’un compagnon tailleur de pierre a offert à l’église en 2005.

L’église Saint-Bernard est un bel exemple du renouveau de l’architecture religieuse à Paris au 19e siècle. En dehors des circuits touristiques de Montmartre, elle est au cœur du plus cosmopolite des quartiers de Paris où, depuis le milieu du 20e siècle, vit une soixantaine d’ethnies différentes. Ses marchés et ses fêtes attirent beaucoup de monde depuis la région parisienne.

En 2008, la paroisse a été confiée aux “>Missionnaires Scalabriniens21. Aujourd’hui, prêtres, religieuses et laïcs de cet ordre viennent en aide aux migrants dans de nombreux pays.

Eglises contruites avant le rattachement des communes à Paris en 1861

Notre-Dame-de-la-Croix, 1850 : 3 place de Ménilmontant, 75020

Saint-Honoré-d’Eylau, 1852 : Place Victor-Hugo, 75016

Saint-Lambert de Vaugirard, 1853 : 2 place Gerbert, 75015

Saint-Eugène-Sainte-Cécile, 1854 : 4 bis rue Sainte-Cécile, 75009

Saint-Martin-des-Champs, 1854 : 38 rue Albert-Thomas, 75010

Saint-Jean-Baptiste de Belleville, 1854 : 139 rue de Belleville, 75019

Notre-Dame-de-la-Gare, 1855 : 2 place Jeanne-d’Arc, 75013

Sainte-Clotilde, 1857 : 23 bis rue Las-Cases, 75007

Notre-Dame de Clignancourt, 1859 : 2 place Jules-Joffrin, 75018

Sainte-Rosalie, 1859 : 50 boulevard Auguste-Blanqui, 75013

Notes :
1—413-502. Elle sauve Lutèce de la famine, participe à sa victoire contre les Huns, et évangélise les Francs.
2—Les corps de Denis, Rustique et Éleuthère, ses deux compagnons, ne seront placés dans l’église de l’abbaye de Saint-Denis que vers 630. Le village de La Chapelle a vu passer les cortèges des sacres et des funérailles des rois de France.
3—Quartier jadis planté de vignes produisant un vin à robe dorée. Emile Zola décrit la misère et la détresse de ses habitants dans L’Assommoir (1877).
4—Lors de la chute de Napoléon Ier, la vieille église Saint-Denis a servi d’écuries.
5—1090-1153. En 1112, il entre, avec ses frères et des compagnons, à l’abbaye de Cîteaux qui vit selon la règle de saint Benoît. En 1115, il est nommé abbé de Clairvaux d’où il dirige l’ordre cistercien jusqu’à sa mort. Sa pensée rayonne par ses écrits et ses prêches. Pour lui, la vie monastique exige un cadre communautaire dépouillé. L’abbaye de Fontenay près de Dijon en témoigne.
6—Architecte de la Ville de Paris (1816-1885). Le projet de style roman présenté
par Eugène Lequeux (1806-1873) a servi pour Notre-Dame de Clignancourt.
7—Copie d’une statue de la cathédrale de Chartres par Charles Parfait (1819-1873)
8—Œuvre de Michel Pascal (1815-1881).
9—Partie transversale de l’église qui sépare le chœur de la nef.
10—Œuvre d’Aimé Perrey (1813-1883).
11—Par cette affirmation solennelle l’Eglise exprime que Marie est née sans le péché originel dont les hommes, selon la foi catholique, sont les héritiers depuis Adam et Eve.
12—Circulation au-dessus des bas-côtés.
13—Œuvre du suisse Gaspard Gsell (1814-1904) qui travailla à Saint-Gervais – Saint-Protais (Paris 4e), Saint-Vincent-de-Paul (Paris 10e) et Saint-Eugène (Paris 9e).
14—Œuvre d’Eugène Oudinot (1827-1889) qui entra ensuite dans l’atelier d’Eugène Delacroix (1798-1863).
15—Petite armoire pour conserver les hosties consacrées. Pendant l’exode du peuple hébreu dans le désert, c’est la tente qui, la nuit, protège l’Arche d’Alliance.
16—Egalement à St-Jean-Baptiste de Belleville (Paris 19e).
17—Œuvre d’Aristide Cavaillé-Coll (1811-1898) qui venait d’achever celui de Sainte-Clotilde et commençait celui de Saint-Sulpice.
18—Œuvre d’Adolphe Geoffroy-Dechaume (1816-1892).
19—Dus à Georges Vibert (1840-1902), Léopold Lousteau (1815-1877) et Gustave Marquerie (1825-?).
20—Pupitre d’où est proclamée la Parole de Dieu.
21—Ordre fondé par Jean-Baptiste Scalabrini (1839-1905, béatifié en 1997) pour aider les italiens émigrés.

* * *

© ACF/Paris 2018. Photos J. Piedeloup, F. de Franclieu, paroisse Saint-Bernard de La Chapelle.