Saint-Antoine-de-Padoue

Saint-Antoine-de-Padoue
52 boulevard Lefebvre, Paris 15e

M° Porte-de-Versailles

Visites ACF/Paris : 01 53 68 06 20
saintantoinedepadoue-paris.org

Le clocher-porche en briques de Vaugirard culmine à 46 mètres de hauteur. Il est visible de très loin sur le boulevard. La grande croix blanche court sur la façade depuis le sommet de l’arc du portail.
Une HBM proche de l’église.
Les deux bas-reliefs en ciment moulé incrustés dans la façade et représentant les emblèmes franciscains.
La nef et le chœur. En 2000, après la suppression de rangements situés à l’arrière de l’autel, les élèves de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art de la rue Olivier-de-Serres (Paris 15e) complètent le bas de la toile marouflée. Les ouvertures de la voûte ayant été supprimées, la lumière naturelle ne pénètre plus dans le chœur.
La toile marouflée de Jean Bernard.
Le gisant de l’autel de la chapelle des morts, inspiré du “Christ au tombeau” d’Holbein le Jeune (1521, Kunstmuseum à Bâle).
L’orgue avec son buffet style Art-Déco.
Un des oculi fortement coloré.

Un des quatorze bas-reliefs du chemin de croix. Les 5e, 6e,9e et 10e stations sont dans la salle Jean-Paul II et la chapelle de semaine.
Lors de leur rattachement à Paris en 1860, les Hauts de Vaugirard comptent, en deçà de l’enceinte fortifiée, des magasins militaires à fourrage, des pavillons avec jardins1 tandis que, au delà, des masures de chiffonniers, d’ouvriers, de maraîchers et de cheminots constituent “la zone”, rattachée à la chapelle Saint-François-d’Assise à Vanves.
En 1919, l’Etat supprime les “fortifs” et charge la Ville de Paris d’y aménager des écoles, des terrains de sport et des Habitations à Bon Marché, les HBM.
En 1923, les premiers pavillons du parc des expositions de la Porte de Versailles sortent de terre2 et, dès 1930, de nouvelles voies sont ouvertes à l’est, plus haut, entre la Porte de la Plaine et la Porte Brancion. En 1933, les Chantiers du Cardinal3 choisissent de construire une église pour ce nouveau quartier plutôt que d’agrandir la chapelle de Vanves. Le chantier est confié à l’architecte Léon Azéma4.
A l’extérieur, l’église, bénite en 1935 et dédiée à saint Antoine de Padoue, disciple de saint François d’Assise, se dresse en bordure d’un square donnant sur le boulevard Lefebvre5. Elle s’affirme par ses briques rouges qui habillent la structure en béton armé et ses claustras blancs qui rythment la façade. Peu onéreux et faciles d’emploi, ces matériaux s’accordent à l’esprit franciscain.
Raymond Delamarre6 et Jean-Elie Vézien7 ont couronné le clocher-porche avec des statues hautes de 4,55 mètres qui représentent saint François d’Assise et saint Louis (en façade), sainte Claire d’Assise et sainte Elisabeth de Hongrie8.
Au-dessus du portail central — fermé de vantaux constitués de lames concaves en teck — se trouvent les emblèmes9. des franciscains : à droite le tau10 et à gauche deux bras croisés, l’un nu, celui du Christ, l’autre couvert, celui de saint François. A l’intérieur, une ample voûte posée sur de courts piliers carrés enveloppe la nef qui mène au chœur, moins haut, plus étroit et surélevé de quelques marches. L’utilisation de l’arc brisé est une sobre évocation de l’architecture du 13e siècle, siècle de François d’Assise et d’Antoine de Padoue.
Sur le chevet plat, Jean Bernard11 réalise en 1948 une peinture sur toile collée sur le mur, au bas de laquelle saint François, ouvrant les bras, et saint Antoine, tenant l’Enfant Jésus par la main12, invitent à contempler la croix entourée de Marie et Jean, et embrassée par Marie-Madeleine à genoux.

De part et d’autre du halo lumineux qui délimite la scène, les astres de la nuit et du jour évoquent ce verset de la Bible13 : “Désormais, ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, ce n’est plus la lune, avec sa clarté, qui sera pour toi la lumière de la nuit. C’est le Seigneur qui sera pour toi la lumière de toujours”.

Près de saint François, des disciples : le bienheureux frère Pacifique des Marches tient un parchemin qui le nomme “ministre provincial de France” ; frère Agnello porte le vaisseau emblème de Paris ; saint Bonaventure écrit et Jean Duns Scott prie14, tous deux docteurs de l’Eglise. Près de saint Antoine, quatre martyrs franciscains : Séverin Girault, Apollinaire Morel, Jean-François Burté massacrés à la Révolution15, béatifiés en 1926, et, une palme à la main, André Bauer missionnaire en Chine, béatifié en 194616.

Dans la nef, les dix oculi percés dans la voûte sont l’œuvre du maître verrier Louis Barillet17 d’après les cartons de Robert Pougheon18. Ils illustrent quelques paroles du Christ et des événements de sa vie qui sont autant de messages de paix, d’accueil et d’amour inscrits dans le verre.

Delamarre et Vézien travaillent ensemble à toute la statuaire de l’édifice.

A l’intérieur, Delamarre sculpte dans la pierre les statues du Sacré Cœur, de saint François, de saint Antoine et les stations du chemin de croix situées du côté gauche de la nef et Vézien, celles de la Vierge, de saint Joseph, sainte Thérèse de Lisieux et les stations du chemin de croix situées du côté droit. Le cadrage, la composition des scènes, l’intensité des regards échangés rendent avec force la Passion du Christ.

A gauche et à droite du chœur, se trouvent les chapelles du Sacré Cœur et de la Vierge. La première conserve sa table de communion et abrite les fonts baptismaux.

En bas de la nef, deux autres chapelles encadrent l’entrée dans l’église. Celle de droite est dédiée à saint Antoine tandis que celle de gauche, dite chapelle des morts, abrite un autel sculpté d’un gisant du Christ et la tombe du Père Mortier, curé fondateur de la paroisse et ancien curé de celle de Vanves19.

Léon Azéma a dessiné tout le mobilier — portes, autels, sièges du chœur, bénitiers, cuve baptismale, tables de communion, garde-corps, confessionnaux — ce qui confère une belle cohérence à cet espace dépouillé20.

En 2008, le facteur d’orgue Olivier Chevron21 reconstruit l’orgue avec des éléments de l’ancien et créé ce nouveau buffet dont la forme s’intègre à l’architecture de l’édifice.

Proche du Parc des Expositions de Paris, l’église Saint-Antoine-de-Padoue est un lieu de paix et de dévotion pour des fidèles venus d’horizons lointains ou proches comme celui de la cité des Périchaux, construite dans les années 1960 entre le Parc Georges-Brassens et le boulevard Lefebvre.

Le 13 juin est l’occasion d’une fête paroissiale animée et populaire.

La statue représentant saint Antoine de Padoue, sculptée par Raymond Delamarre, située à l’entrée de la chapelle qui lui est dédiée dans l’église.
Saint Antoine de Padoue (1195-1231).Issu d’une famille noble de Lisbonne qui le destine à la magistrature, Fernando de Bulhões entre cependant chez les ermites de Saint-Augustin et devient prêtre. Touché par le courage des premiers martyrs franciscains dont les corps sont ramenés du Maroc à Coïmbra en 1220, il revêt la bure des Frères Mineurs fondés dix ans plus tôt par François d’Assise. Il prend le nom d’Antoine et demande à partir en mission au Maroc. Mais la maladie l’oblige à revenir et des vents contraires le font accoster en Sicile. François d’Assise l’envoie alors prêcher en Italie où sévit l’hérésie cathare puis en France où il fonde le monastère de Brive-la-Gaillarde.A la mort de François d’Assise, en 1226, il est nommé supérieur de la Province de l’Italie du nord et professeur de théologie : il enseigne à Bologne, Toulouse, Montpellier, Limoges, Milan et Padoue. En 1230, il assiste le pape Grégoire IX lors de la validation de la règle de l’ordre des franciscains.

D’une grande culture biblique et doué pour la prédication, il est aussi d’un commerce doux et respectueux en particulier avec les humbles.

Il meurt le 13 juin 1231 à Arcella, un petit village proche de Padoue. Le pape Grégoire IX le canonise l’année suivante.

Le Vatican le nomme patron du Portugal en 1934, puis docteur de l’Eglise en 1946. Il est souvent représenté avec un lys, symbole de pureté, et prié pour retrouver les objets perdus. On le fête le 13 juin.

Autres églises parisiennes édifiées en béton et briques entre 1900 et 1950

Saint-Jean-l’Evangéliste (1894-1904) : 19 rue des Abbesses – 75018
Notre-Dame-du-Rosaire (1909-1910) : 194 rue Raymond-Losserand – 75014
Saint-Joseph des Epinettes (1909-1910) : 40 rue Pouchet – 75017
Saint-Michel (1913-1934) : 1 place Saint-Jean – 75017
Saint-Christophe de Javel (1921-1930) : 4 rue Saint-Christophe – 75015
Saint-François-d’Assise (1924-1930) : 5 rue de Mouzaïa – 75019
Saint-Léon (1924-1933) : 29 rue Dupleix – 75015
Saint-Esprit (1928-1933) : 1 rue Cannebière – 75012
Couvent Saint-François (1935-1936) : 7 rue Marie-Rose – 75014
Sainte-Odile (1935-1946) : 2 avenue Stéphane-Mallarmé – 75017
Saint-Cyrille – Saint-Méthode (1935-1962) : 124 bis rue de Bagnolet – 75020
Basilique Sainte-Jeanne-d’Arc (1935-1964) : 18 rue de La-Chapelle – 75018
Chapelle Sainte-Bernadette (1936-1937) : 4 rue d’Auteuil – 75016

Notes :

1 — En 1894, les abattoirs de Vaugirard s’installent non loin de là, au lieu dit les morillons, réputé pour ses vignes. C’est aujourd’hui le Parc Georges Brassens.
2 — Créée en 1904, la Foire de Paris s’installe à la Porte de Versailles en 1923 après s’être tenue au Carreau du Temple, au Grand Palais, au Champ de Mars, aux Tuilleries et sur l’Esplanade des Invalides.
3 — C’est le 53e chantier du Cardinal Verdier (1864-1940). Son œuvre, créée en 1931, compte plus de 300 édifices à son actif. Le square de l’église porte son nom depuis 1946.
4 — 1888-1976. Premier grand prix de Rome (1920), auteur de l’ossuaire de Douaumont (1923), architecte des Postes (1928) et de la caserne de la garde républicaine de la rue de Penthièvre (1931, Paris 8e), co-auteur de la réhabilitation du Trocadéro (1937), il participe au projet de la Maison de la Radio comme architecte de la RTF, Radiodiffusion télévision française (1953).
5 — Les locaux de la paroisse ceinturent le chevet de l’église, visibles depuis le club de boule lyonnaise installé dans le square vers 1930.
6 — 1890-1986. Médailleur et sculpteur, premier grand prix de Rome (1919), il participe aux Expositions de 1925, 1931 et 1937, au décor du paquebot Normandie en 1935. On lui doit aussi des statues du parvis du Trocadéro.
7 — 1890-1982. Médailleur et sculpteur, premier grand prix de Rome (1921), ce natif de Marseille réalise de nombreuses statues en particulier pour Douaumont. A Paris, on lui doit le groupe de La Réconciliation (jardin de l’église Saint-Laurent, 10e).
8 — Saint François d’Assise (1182-1226), fondateur de l’ordre des franciscains. Saint Louis (1214-1270), roi de France et laïc franciscain. Sainte Claire (1193-1253), fondatrice des Dames Pauvres ou Clarisses. Sainte Elisabeth de Hongrie (1207-1231), veuve à 20 ans et laïque franciscaine.
9 — Il s’agit des conformités, emblèmes créés à partir d’un texte du 14e s. qui établit une concordance entre la vie du Christ et celle de saint François.
10 — Les chrétiens l’adoptent très tôt comme symbole car la forme de cette lettre, la dernière de l’alphabet hébreu, rappelle la forme de la croix du Christ. Saint François l’utilise pour signer ses écrits.
11 — 1908-1994. Fils du sculpteur Joseph Bernard (1866-1931), cet artiste polyvalent, graveur et sculpteur illustre l’Evangile selon saint Jean. Ami de Paul Claudel, il est l’auteur d’une immense fresque dans le chœur de l’église Notre-Dame-de-l’Espinasse à Millau (1939). Il crée les Compagnons du Devoir du Tour de France en 1941 puis, avec Yvonne de Coubertin en 1950 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, La Fondation de Coubertin, association culturelle pour les jeunes des métiers manuels.
12 — Un jour où Antoine prie seul, l’enfant Jésus vient et converse avec lui. L’événement n’est révélé qu’après sa mort car il impose le silence au témoin de la scène.
13 — Isaïe (60,19). Dans la partie basse : une invocation à saint Antoine fait allusion à ses qualités de missionnaire.
14 — Pacifique (mort en 1230), auteur de la première édition chantée du Cantique du soleil. Agnello (1194-1232), premier supérieur de l’ordre à Paris. Bonaventure (1221-1274), premier biographe de François d’Assise, rédacteur de la règle de son ordre. Jean Duns Scott (1266-1308), philosophe et théologien originaire d’Ecosse.
15 — Franciscains respectivement nés en 1728, 1739, 1740.
16 — Ce franciscain, né en 1866, meurt en martyr lors de la révolte des Boxers (juillet 1900).  Il est canonisé avec ses compagnons de mission en l’an 2000.
17 — 1880-1948. Il ouvre son atelier dès 1919 et s’installe square Vergennes en 1932 (Paris 15e) Acteur du renouveau de l’art sacré, il crée de nombreux vitraux civils et religieux (dont ceux de Saint-Léon, Paris 15e). Il travaille le verre industriel, matériau qui se plie au style Art Déco.
18 — 1860-1933. Prix de Rome en peinture (1914), cet élève de Jean-Paul Laurens (1838-1921) s’affirme dans un style expressionniste.
19 — 1877-1937. Il visite les familles de “la zone“. En 1925, il crée des colonies de vacances pour les enfants. On lui doit la touche franciscaine donnée à l’église.
20 — La menuiserie est réalisée dans les ateliers de Rémy Toulouse (1853-1914), installés dans la rue du Théâtre (Paris 15e) en 1882.
21 — Né en 1967, ce facteur d’orgue fixé dans l’Indre est notamment l’auteur de l’orgue de l’église Notre-Dame à Saint-Mandé près de Paris (2007).

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©ACF/Paris, 2015. Photos E. Barboza, M. Beaudoin, F. de Franclieu, M.Baranger.