Cœur-Eucharistique-de-Jésus

22 rue du Lieutenant-Chauré, Paris 20e
M° Pelleport, Porte-de-Bagnolet

Visites ACF/Paris : 01 40 31 74 55

www.cœur-eucharistique.net

La nef (37 mètres de longueur sur 12 mètres de largeur). Par sa légèreté, la charpente métallique qui couvre l’église a permis d’élever une haute voûte en ciment armé de quatre travées.
La Cène peinte par Pauline Caspers.
L’orgue installé en 2009 sur la tribune de la première travée de la nef, provient d’une église réformée des Pays-Bas.
Le baptistère inspiré de ceux des églises du 4e siècle, dans le désert du Néguev.

Les vitraux très colorés qui ornent la troisième travée de la nef.
Les statues de Notre-Dame-de-Lourdes et de saint Joseph dans les chapelles du transept, œuvres d’une lisibilité épurée typique des Ateliers d’Art Sacré.

Le chemin de croix, installé en 2013, tempera sur bois, œuvre de l’artiste plasticienne Catherine Ansaldo (née en 1949).
L’église du Cœur-Eucharistique-de-Jésus est située sur la colline du Haut-Ménilmontant, au cœur de la Campagne à Paris. Ce lotissement pavillonnaire des années 1900-1920 a été élevé sur les terres de l’ancienne commune de Charonne, rattachée à Paris en 1860. Soixante-et-onzième chantier du Cardinal1, l’édifice a été construit par Charles Venner2 — architecte d’une vingtaine d’églises dans la banlieue de Paris — pour servir de chapelle dans ce quartier ouvrier en pleine expansion, aux fidèles de la paroisse voisine, Notre-Dame-de-Lourdes3.La première pierre a été posée le dimanche 28 juillet 1935 et, en juin 1936, le cardinal Verdier a béni et consacré l’église au Cœur Eucharistique de Jésus. La communauté de ses fidèles a été érigée en paroisse en 1943. Ancien administrateur de la chapelle, l’abbé Joseph-Roger de Montbeillard est alors nommé curé, fonction qu’il occupa jusqu’en 1968, consacrant sa vie à la construction de l’église et à sa mission pastorale dans le quartier.

À l’extérieur, seule la façade de l’église, dotée d’un appareil de moellons équarris et d’un clocher carré contenant trois cloches, est visible depuis la rue au terme d’une volée de marches qui débouche sur un large parvis où les fidèles aiment à se retrouver au moment des offices.

L’entrée dans l’église se fait par un porche encadré de deux colonnes supportant un arc en plein cintre. Un narthex4 assez profond ouvre sur l’église par une porte surmontée d’un tympan finement gravé par le sculpteur Georges Serraz5 représentant une Adoration du Cœur Eucharistique. De part et d’autre s’ouvraient naguère deux chapelles transformées, à gauche, en accueil et, à droite, en baptistère ouvrant sur la nef.

La cuve cruciforme a été sculptée dans un bloc monolithe par Jean-Louis Ferraton6. Le luminaire qui le surmonte fait partie de l’ensemble réalisé par Rita Bormioli-Faguer7 en l’an 2000. Gravé sur une dalle de verre, un texte du pape Sixte III rappelle le sens du rite du baptême8 : Ici naît pour le Ciel un peuple de race divine.

A l’intérieur, la nef unique est rythmée par des arcs brisés qui partent du sol. Un rétrécissement progressif de ces arcs oriente le regard vers le chœur.

Sur le mur du chœur, droit et aveugle, une toile marouflée9 représente La Cène, dernier repas de Jésus avec ses disciples avant sa crucifixion et au cours duquel il institua l’Eucharistie10. Elle a été peinte entre 1936 et 1938 par Pauline Caspers11.

Au centre de la composition triangulaire et colorée, qui épouse la forme ogivale de la voûte, Jésus, auréolé d’un nimbe orné d’une croix, est debout dans un halo lumineux. Vêtu d’une tunique blanche, il tient un morceau de pain dans sa main gauche et fait un geste de bénédiction de sa main droite. Il est représenté dans l’attitude du prêtre à l’autel pendant la messe, au moment de la consécration.

Le cœur de Jésus, placé au centre géométrique de la scène, apparaît sur sa tunique, surmonté d’une flamme, et au-dessus du calice contenant le vin du repas, disposition qui se réfère au vocable de l’église. Jésus est entouré de ses apôtres, assis et priant dans des attitudes diverses. Ils portent tous un nimbe, excepté Judas debout à l’écart, à l’arrière-plan à droite, qui s’apprête à trahir Jésus.

Dans la troisième travée de la nef, les fenêtres hautes en vis-à-vis sont composées de trois lancettes. Ces vitraux de style Art Déco ont été réalisés en 1939 par Julien Vosch12, maître verrier d’origine belge auteur de tous les vitraux de l’église.

A gauche, des verrières sur le thème du Sacrifice. De part et d’autre de la Célébration de l’Eucharistie par un prêtre, on reconnaît : Abel13 dont l’offrande plut à Dieu, Isaac présenté en sacrifice à Dieu par Abraham et remplacé par un bélier. Au-dessous : Un diacre14 faisant l’aumône, Deux patriarches juifs offrant l’agneau pascal dans le temple de Jérusalem, Un soldat mourant au combat assisté d’un aumônier.

A droite, des verrières sur les thèmes du Sacré-Cœur et de l’Eucharistie. Au centre, une Adoration de l’Eucharistie par des fidèles sous Jésus présentant le pain et le vin, entre Pierre et Jean. De part et d’autre, on reconnaît : Jésus rencontrant la Samaritaine et Jésus rompant le pain avec les pèlerins d’Emmaüs. Au-dessous : une Apparition de Jésus à Marguerite-Marie Alacoque15, l’Arche d’Alliance portée par deux anges, Thomas Becket en prière16 devant un ostensoir17 à l’arrivée de son bourreau.

Dans le transept, deux chapelles. Dans celle de gauche dédiée à Marie, au-dessus de l’autel, une statue de Notre-Dame-de-Lourdes, par Roger de Villiers18 de 1937. Sur les vitraux, Marie présente son fils au monde, au- dessus d’une Nativité. De part et d’autre, on reconnaît : Jésus avec ses parents, Marie et Jean au pied de la croix. Dans celle de droite, dédiée à saint Joseph, au-dessus de l’autel, une statue du saint veillant sur Jésus enfant de 1937 (atelier Maurice-Chéret19). Sur les vitraux Joseph tient son rabot de charpentier, au-dessus de La fuite en Egypte. De part et d’autre : Jésus apprenant le métier de charpentier et Une scène avec des enfants.

L’unité artistique de cette église est une «harmonie parfaite», comme le soulignait le cardinal Verdier lors de son inauguration.

Au cœur de ce quartier à nouveau en pleine mutation, ce lieu recueilli, simple et accueillant est animé par une communauté attentive à tous, notamment aux plus jeunes du quartier avec un patronage depuis 2016.

Fresque ornant le chœur de la chapelle où Marguerite- Marie Alacoque reçut ses principales révélations (Paray-le-Monial, 71600).
La mosaïque ornant le chœur de la basilique du Sacré-Cœur (Montmartre, Paris 18e).

Le tableau peint par Eugène Kazimirowski en 1934 en présence de sœur Faustine et vénéré, depuis 2005, au sanctuaire de la Miséricorde divine à Vilnius (Lituanie).
La dévotion au Cœur de Jésus

Le Cœur de Jésus est signe de l’Amour de Dieu pour les hommes. Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), sainte Catherine de Sienne (1347-1380) ou sainte Jeanne de Valois (1464-1505) ont notamment exprimé leur proximité spirituelle avec le Cœur de Jésus.

Au 17e siècle, la dévotion au Sacré-Cœur se propage dans toute l’Église, après les apparitions du Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque (1646-1690)15, visitandine au monastère de Paray-le-Monial, en Bourgogne. En juin 1675, Jésus lui parla en ces termes : Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour.

Au 18e siècle, le pape Clément XIII répond à la demande des évêques polonais en instituant en 1765, la fête du Sacré-Cœur et l’étend la même année à tous les diocèses français. Elle est célébrée dix-neuf jours après la Pentecôte, soit un vendredi, jour de la mort du Christ.

Au 19e siècle, le pape Pie IX l’inscrit au calendrier liturgique universel en 1856, puis béatifie Marguerite-Marie Alacoque en 1864 et bénit le projet d’édification de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, en réparation des malheurs de la France après la guerre de 1870. Terminée en 1923, la mosaïque du chœur de la basilique résume l’histoire de cette dévotion. Les principaux propagateurs de cette dévotion depuis les débuts de la chrétienté sont présentés au Christ par la Vierge Marie et saint Michel.

Au 20e siècle, le Christ est apparu plusieurs fois à sœur Marie-Faustine (Helena Kowalska 1905-1938), religieuse polonaise, montrant son cœur d’où jaillissent des rayons lumineux. En septembre 1935, lors d’une apparition, le Christ lui demanda d’annoncer au monde l’amour miséricordieux de Dieu pour l’homme, d’instituer une fête de la Miséricorde le premier dimanche après Pâques et la récitation du chapelet à la Miséricorde divine. Le pape Jean-Paul II a canonisé sœur Marie-Faustine le 30 avril 2000, dimanche de la Miséricorde et premier dimanche après Pâques.

Quelques unes des églises paroissiales construites près de Paris par Charles Venner.

Saint-Joseph, 1932 : 5 boulevard Charles-de-Gaulle, 92390 Villeneuve-La-Garenne
Sainte-Odile, 1936 : 24 rue du Sud, 92160 Antony
Sainte-Lucie, 1937 : 162 avenue de Verdun, 92130 Issy-les-Moulineaux
Saint-Charles-des-Ruffins, 1933 : 125 rue des Ruffins, 93100 Montreuil
Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, 1934 : 9 rue Sacco-et-Vanzetti, 94800 Villejuif
Saint-Roger-des-Malassis, 1933 : 93 rue Jules-Lagaisse, 94200 Vitry / Seine
Saint-Jean-Baptiste-du-Plateau, 1936 : 144 boulevard de Stalingrad, 94200 Ivry / Seine
Saint-Marcel-du-Port-à-l’Anglais, 1935 : 78 avenue Anatole-France, 94200 Vitry / Seine

Notes :

1 — L’Œuvre des Chantiers du Cardinal, association créée en 1931 par le cardinal Verdier (1864-1940), archevêque de Paris, pour la construction et l’entretien des églises catholiques de Paris et de la région parisienne.
2 — 1890-1981. Il a beaucoup œuvré pour les Chantiers du Cardinal avec vingt autres églises ou chapelles dans la banlieue de Paris qu’il a marquées de son style, utilisant des matériaux traditionnels (pierre, brique) ou modernes (béton armé, acier).
3 — Il ne s’agit pas de l’église actuelle installée en 1980 au rez-de-chaussée du 130 de la rue Pelleport (Paris 20e), mais de celle qui remplaça à cet endroit en 1936, une chapelle et une église datant respectivement de 1898 et de 1909.
4 — Espace spécifique situé à l’entrée d’une église, jadis réservé aux pénitents et aux catéchumènes qui se préparaient au baptême.
5 — 1883-1964. Peintre et sculpteur d’origine savoyarde, membre des Ateliers d’Art Sacré créés par Maurice Denis et Georges Desvallières en 1919. Notamment auteur d’une Vierge de la Paix en la chapelle axiale de la basilique du Sacré-Cœur (Paris 18e), d’une Vierge à l’Enfant à Notre-Dame-des-Otages, de deux Saint Jean Bosco et d’un Sacré Cœur à Saint-Jean-Bosco (Paris 20e).
6 — Né en 1949 et installé près de Lyon, cet élève du peintre René-Maria Burlet (1907-1994) est l’auteur de nombreux mobiliers liturgiques notamment à Sainte-Rita (Paris 9e), à Notre-Dame-de-Nazareth (Paris 15e) et à Notre-Dame-Arche-d’Alliance (Paris 15e).
7 — Architecte-designer, née à Padoue en 1947. Travaille à New York et à Londres avant de s’installer à Paris où elle intervient dans plusieurs églises dont Saint-Ambroise (Paris 11e) et Notre-Dame-de-la-Croix (Paris 20e).
8 — Ce texte provient du péristyle du baptistère de Saint-Jean-de-Latran à Rome. Sixte III a été pape de 432 à 440.
9 — Toile peinte collée sur le mur comme support.
10 — Mot grec signifiant action de grâces, centre et sommet de la messe, au moment où le prêtre redit les paroles du Christ à la Cène.
11 — 1865-1946. Connue comme peintre de fleurs. En 1938, deux autres toiles de sa main, aujourd’hui disparues, étaient placées dans les chapelles du transept. Egalement auteur d’un Sacré Cœur en l’église Saint-Dominique (Paris 14e).
12— 1885-1964. Possédait un atelier de peinture sur verre et de vitraux d’art près de Paris (Montreuil). Auteur de verrières dédiées aux soldats morts pendant la guerre de 1914-1918 en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11e).
13 — Un jour les fils d’Adam et Eve firent une offrande à Yahvé. Caïn offrit ce qu’il avait cultivé et Abel ses agneaux. Caïn tua Abel, le pasteur, car seule son offrande avait plu à Yahvé (Genèse 4,1-15).
14 — Depuis le 3e siècle, homme ordonné et consacré par l’évêque pour le service de la liturgie, du prêche, de la catéchèse et de la charité. La mission des diacres est en renouveau depuis le Concile de Vatican II (1965).
15 — 1647-1690. Elle entre au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial en 1671. Elle fait connaître le message de miséricorde que Jésus lui adressa lors de ses apparitions, avec l’aide du père Claude La Colombière. Canonisée en 1920.
16 — Chancelier de Henri II Plantagenêt et archevêque de Canterbury, il entre en conflit avec le roi qui impose sa loi contre celle de l’Église. Il est assassiné peu après Noël 1170, pour avoir excommunié des évêques trop dociles à l’égard du roi.
17 — Objet liturgique dont l’origine remonte au 13e siècle servant à présenter une hostie consacrée à l’adoration des fidèles.
18 — 1887-1958. Sculpteur, un des premiers membres des Ateliers d’Art Sacré, après la guerre de 1914-1918 et auteur d’une Jeanne d’Arc à Saint-Dominique (Paris 14e) et d’un Sacré Cœur à Notre-Dame-des-Otages (Paris 20e).
19 — Maurice Chéret (1894-1966) travailla comme orfèvre avec des créateurs contemporains dont Rucki. L’atelier qu’il possédait près de l’église Saint-Sulpice, édite toujours des objets liturgiques ou profanes.

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©ACF/Paris, 2014. Photos P. Goemaere, M. Beaudoin, R. Bornioli-Faguer.