Notre-Dame de Clignancourt

2 place Jules-Joffrin, Paris 18e
M° Jules-Joffrin

Visites ACF/Paris : 01 44 92 70 20

ndclignancourt.org

Le chœur de Notre-Dame de Clignancourt après l’aménagement de1998 avec le nouveau mobilier de la Maison Chéret : ambon, autel, siège du célébrant.
La vue de la nef vers l’entrée de l’église. Notre-Dame de Clignancourt est parmi les plus grandes églises de Paris (99m de longueur, pour100m à Notre-Dame-de-la-Croix et au Sacré-Cœur, 120m à Saint-Sulpice et à la cathédrale Notre-Dame).
Le grand orgue a été réalisé par le facteur Merklin (1819-1905) peu après l’inauguration de l’église, et restauré en 1990. De nombreux concerts sont donnés dans cette église.
La Présentation au Temple peinte par Nélie Jacquemart.
Notre-Dame, Reine de France, ancien vitrail central du chœur remonté dans la chapelle de la Vierge dans les années 1970.
Bas-relief représente le Christ, dans un soleil de gloire, ressuscitant un mort au champ d’honneur.
Le quartier de Clignancourt1 se trouve au pied du versant nord de Montmartre. Au Moyen Age, c’était un petit hameau agricole situé au milieu des cerisaies et des vignes, à la croisée du chemin du pèlerinage de Saint-Denis et de la voie reliant la plaine de Clichy au village de La Chapelle.

Au milieu du 19e siècle, avec la révolution industrielle, beaucoup d’ouvriers et d’artisans2 s’y installent. Ils doivent monter au sommet de la butte pour se rendre dans la petite église Saint-Pierre3, en très mauvais état, unique église du Montmartre d’alors qui date du 12e siècle. C’est pourquoi, en 1858, Montmartre vote la construction d’une nouvelle église4. Le 2 mai 1859, le baron Haussmann pose la première pierre qui a été bénie par le Cardinal Morlot5. En 1863, Mgr Darboy6 consacre l’édifice et le place sous le vocable de l’Immaculée Conception7.

Chargé de construire un édifice pouvant accueillir 2 000 fidèles, l’architecte Paul-Eugène Lequeux8 présente son projet, celui-là même qui a été refusé pour l’église Saint-Bernard de La Chapelle9 en raison de son aspect villageois.

A son inauguration, Notre-Dame de Clignancourt est saluée pour “son éclectisme inspiré de l’art toscan”. En 1871, pendant la Commune, elle est saccagée.

A l’extérieur, l’église orientée au Nord, fait face à la mairie située de l’autre côté de la place Jules-Joffrin10. Sa façade, élégante et dépouillée, s’inspire de la renaissance florentine.

Les statues de saint Denis et de sainte Geneviève, patrons de Paris, œuvres de Louis Schroeder11, sont adossées de part et d’autre d’une baie vitrée. Le fronton à l’antique, percé d’une rosace et surmonté d’une croix, termine la composition. Le portail central est creusé dans la façade et orné de boutons floraux. Sur le tympan, le bas-relief présente le couronnement de la Vierge.

Au chevet, la chapelle axiale est traitée comme un édifice à part entière du fait de sa longueur et de la tour clocher placée au-dessus de la première travée.

A l’intérieur, la nef s’accorde au style florentin de la façade. Les arcs en plein cintre se détachent sur l’enduit clair des parois. Ils reposent sur des chapiteaux composites en terre cuite et des colonnes peintes imitant le marbre. La lumière naturelle entre par les baies supérieures de la nef, aux dessins géométriques.

Dans les bas-côtés, les vitraux ont été réalisés entre 1932 et 1944 par le peintre verrier Charles Lorin12 et son atelier. Ils reprennent une tradition médiévale de présenter les saints patrons des donateurs, paroissiens ou communautés du quartier. Jean le Baptiste, Adélaïde, Odile, Hubert, Eugénie, Jules, Cécile, Joseph sont représentés dans le bas-côté gauche, en regardant l’autel, et Michel, Jeanne, Louis, Denis, Jérôme, Louis, Lucien, Marguerite dans celui de droite.

Le chœur a été réaménagé une première fois en 1961 avec un maître-autel du sculpteur Michel Serraz13. Le bas-relief représente la Cène, dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort. Aujourd’hui, la cuve baptismale est provisoirement installée au pied de l’autel.

Entre la nef et le chœur, au sommet de l’arc triomphal, Dieu le Père est entouré d’anges peints au-dessus des rois David et Salomon qui ont bâti le palais et le Temple de Jérusalem, des prophètes Isaïe et Jérémie qui ont annoncé la venue de Jésus. Au-dessus des arcs ouvrant sur le déambulatoire, Romain Cazes14 a représenté les quatre évangélistes porteurs de la parole du Christ15. Cet ensemble s’inscrit dans la tradition du décor monumental mis à l’honneur à cette époque par Hippolyte Flandrin16.

Dans le chœur, cinq vitraux ont été réalisés par Jacques Le Chevallier17 dans les années soixante-dix. La Trinité est évoquée dans le vitrail central. Les litanies de la Vierge dans les baies latérales : Maison d’or, Vase spirituel, Miroir de justice, Etoile du matin figurent à droite et Tour de David, Trône de sagesse, Reine du ciel à gauche.

L’arc central du chœur monte jusqu’à ces baies et ouvre la vue sur la chapelle axiale dédiée à la Vierge. On accède par un passage étroit orné de toiles marouflées représentant La naissance de la Vierge et La présentation au Temple, peintes par Nélie Jacquemart18.

Dans la chapelle, la draperie pourpre décorant les murs est surmontée d’une frise de bouquets de lys. Au-dessus de l’autel, la statue de la Vierge à l’Enfant, remarquable par son drapé, est un marbre d’Auguste-Louis Ottin19. Félix-Joseph Barrias20 a peint L’annonciation, La visitation, Le calvaire, et L’assomption, de part et d’autre du Couronnement de la Vierge et en écho au tympan du portail. Comme dans le chœur, la voûte est peinte en bleu sombre et semée d’étoiles.

Ce décor tranche avec celui, sobre, de la nef et des bas-côtés. Il souligne l’importance du chœur et de cette chapelle dédiée à la Vierge.

Dans le transept, le décor des chapelles se rapporte à l’histoire de Montmartre. Dans celle de gauche, en regardant l’autel, Michel Dumas21 a représenté des épisodes de la vie de saint Denis, premier évêque de Lutèce, martyrisé puis décapité à la fin du 3e siècle22. Dans celle de droite, Jacques-Emile Lafon23 a illustré des épisodes de la vie de saint Ignace de Loyola24, notamment les vœux de pauvreté et de chasteté d’Ignace et ses compagnons en 1534, acte fondateur de l’ordre des Jésuites.

A l’entrée de l’église, les chapelles sont ornées de peintures de Charles-Louis Kratké25 : à gauche en regardant l’autel, le baptistère dont la cuve a été transférée dans le chœur et à droite, la chapelle des morts qui témoigne du mélange entre les sentiments religieux et patriotiques, fréquent au sortir de la Guerre de 14-18. Non loin — dans le bas-côtédroit, entre les listes des victimes de cette guerre dans le quartier — un bas-relief représente le Christ, dans un soleil de gloire, ressuscitant un mort au champ d’honneur26.

Plus tard, dans ce quartier en pleine expansion, furent créées les paroisses de Sainte-Geneviève-des-Grandes-Carrières (1907), celle de Sainte-Hélène (1934) et celle de Notre-Dame-du-Bon-Conseil (1948).

Notes :
1 — Clignancourt vient du latin clivum (forte pente) ou Cleninus (patronyme gallo-romain).
2 — Dont le facteur de pianos Pleyel, en 1807. En 1860, Montmartre comptait 50 000 habitants.
3 — La construction de la basilique du Sacré-Cœur a commencé en 1875 et celle de l’église Saint-Jean en 1894.
4 — Deux ans avant son annexion à Paris. L’acquisition du terrain de Mr Hermel est le dernier acte de la commune de Montmartre.
5 — 1795-1862. Nommé archevêque de Paris en 1857.
6 — Né en1813, archevêque de Paris en 1863, et fusillé par la Commune le 24 mai 1871.
7 — En 1854 : fut promulgué le dogme de l’Immaculée Conception qui affirme que la Vierge Marie fut préservée du péché originel dès sa conception.
8 — 1806-1873. Cet architecte de la Ville de Paris édifia l’ancienne mairie de Montmartre (1836) et celle des Batignolles (1849) aujourd’hui disparues. On lui doit aussi l’église Saint-Jacques-Saint-Christophe (1844) et l’agrandissement de Sainte-Marie des Batignolles (1851).
9 — Eglise de style gothique inaugurée en 1861, édifiée par Auguste Magne (1816-1885) et située square Saint-Bernard (Paris 18e).
10 — Inaugurée en 1892, elle remplace celle de la place des Abbesses. Jules Joffrin (1846-1890) : acteur de la Commune et premier député socialiste de Paris.
11 — 1828-1898. Avec le David qui se trouve dans l’église (déambulatoire), il est l’auteur de statues pour Saint-Augustin (Paris 8e), l’Hôtel de Ville, le Louvre, l’Opéra Garnier et de plusieurs bustes dont celui de son maître François Rude (1781-1855).
12 — 1874-1940. Il a restauré les vitraux de plusieurs cathédrales dont celle de Chartres. Son atelier est toujours en activité.
13 — Né en 1925, cet élève de Marcel Gimond (1894-1961, auteur de l’une des statues dorées du Trocadéro), a sculpté la statue de Notre-Dame-du-Rosaire (1958, Paris 15e) et La main créatrice (1989, Notre-Dame-du-Travail, Paris 14e).
14 — 1810-1881. Elève d’Ingres, auteur de tableaux religieux notamment à La-Trinité (Paris 9e) et à Saint-François-Xavier (Paris 7e).
15 — Partant de la vision d’Ezechiel (Ez 1, 1-14), la tradition chrétienne attribue le lion à saint Marc, le taureau à saint Luc, l’homme à saint Matthieu et l’aigle à saint Jean.
16 — 1809-1864. Peintre d’histoire et peintre religieux, néoclassique, élève d’Ingres, il exécuta les peintures murales des églises Saint-Germain-des-Prés (1846, Paris 6e) et Saint-Vincent-de-Paul (1853, Paris10e).
17 — 1896-1987. Maître verrier, élève de Louis Barillet (1880-1948), il est l’auteur des vitraux de l’église Notre-Dame-des-Otages (Paris 20e) et de certaines baies hautes de la cathédrale Notre-Dame de Paris (1938).
18 — 1841-1912. Une des premières femmes de son temps à étudier la peinture en Italie et aux Beaux-Arts de Paris. Elle a créé la collection Jacquemart-André avec son mari, le banquier Édouard André.
19 — 1811-1890. Sculpteur romantique et allégorique, auteur des statues de la fontaine Médicis (Paris 6e, Jardin du Luxembourg).
20 — 1822-1907. Peintre d’histoire et peintre religieux auteur de plusieurs plafonds dans l’Opéra Garnier.
21 — 1812-1885. Peintre originaire de Lyon et élève d’Ingres.
22 — Montmartre tire son nom de mons martyrium (mont des martyrs, dont saint Denis et ses compagnons).
23 — 1817-1886. Peintre académique, apprécié en son temps pour sa peinture religieuse, dont le décor de la chapelle Saint- François-Xavier, à l’église Saint-Sulpice (Paris 6e).
24 — 1491-1556. Ils étaient six, dont François Xavier. Par ce serment, ils instituèrent la Compagnie de Jésus, reconnue comme ordre religieux en 1540. Une chapelle de pèlerinage (11 rue Yvonne-Le-Tac, Paris 18e), appelée Martyrium, commémore ce fait sur le lieu supposé des matyres du 3e siècle.
25 — 1848-1921. Graveur et peintre de genre, élève de Léon Gérôme (1824-1904).
26 — Œuvre aussi de Michel Serraz, du début des années 1960. Ciment coloré dans la masse avec adjonction de touches d’or.

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©ACF/Paris, 2018 — Photos Art,Culture,Foi/Paris — Texte Françoise de Franclieu.