Saint-Eloi

 

Saint-Eloi

3 pl. Maurice–de-Fontenay,  Paris 12e
M° Montgallet, Reuilly-Diderot

Visites ACF/Paris : 01 43 07 55 65

www.steloi.com

L’église provisoire située rue de Reuilly, à l’emplacement de l’actuel bureau de Poste. Elle remplaçait une première église élevée en 1856 et détruite en 1876 après les dommages subis lors de son utilisation comme prison pendant la Commune.


L’attente au pied de l’arbre qui invite le passant à arrêter sa course urbaine pour s’asseoir et méditer.  La nuit, l’ensemble diffuse un éclairage intégré.


Le chœur et les toiles des quatre évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) par le frère dominicain Kim En Joong.

La lumière naturelle entre largement par les vitres sablées de la façade ouest et par de longues plaques de verre blanc.

La chapelle de semaine.


L’orgue situé dans l’angle de la tribune et vue du mobilier de la nef.

En 1967, le quartier est en pleine rénovation, suite à une étude d’urbanisme entreprise dès 1954 par Marc Leboucher1 : des immeubles, des équipements scolaires et sociaux sont en train de remplacer les ateliers d’ébénisterie, serrurerie, tapisserie ou dorure et les logements vétustes des artisans.L’ancienne église Saint-Eloi, construite en 1880, est démolie à son tour.

Dans l’angle de deux barres, Marc Leboucher implante l’église actuelle, un édifice de plan trapézoïdal recouvert de feuilles d’aluminium qui rappelle les ateliers de naguère. Fruit d’une étroite collaboration avec le clergé de l’époque, elle est consacrée par Monseigneur François Marty2 le 27 octobre 1968.

A l’extérieur, un écriteau3 signale l’église placée en retrait et à l’écart de la rue de Reuilly4. L’entrée principale est située au nord, au fond de la place Maurice de Fontenay, sous un large auvent plat où est inscrit le nom de la paroisse. Un signal — poutrelle de métal noir — sert de clocher. Sa croix culmine à 35 mètres de hauteur et se voit de très loin. Les cloches, fondues en 1856, proviennent de la première église. Le presbytère, accolé à l’édifice, est en bordure de voie.

En 2000, L’attente au pied de l’arbre de Jean-François Briant5 vient accentuer la visibilité de l’édifice. Un banc, une chasuble6 et un arbre sont disposés à la frontière entre l’espace religieux et l’espace public. Ce triptyque coloré, allégorique et poétique, est aussi né du dialogue entre l’artiste et le clergé de l’époque.

A l’intérieur, l’authenticité des matériaux annoncée dehors se confirme dès le narthex7, large et bas, qui ouvre sur un vaste espace couvert de panneaux en alu laqué soutenus par une structure apparente, elle-même posée sur huit poutrelles d’acier noir et un soubassement en briques rouges.

La lumière naturelle entre largement par les vitres sablées de la façade ouest et par de longues plaques de verre blanc industriel armé, dissimulées dans les parois nord et sud de la nef. Ainsi dirigée vers le chœur, elle n’éblouit pas les fidèles, en référence au passage de la Bible où Moïse se voile la face, car il craint de fixer son regard sur Dieu (Exode 3, 6).

Le plafond noir s’élève à dix sept mètres de hauteur, d’un seul élan au-dessus de l’autel, disposé à l’est (point d’apparition du soleil, symbole du Christ ressuscité) tandis que l’espace au sol se resserre. Quatre longues toiles verticales élèvent le regard vers l’infini. Suspendues derrière l’autel depuis 2012, elles sont le fruit d’une méditation sur les quatre évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) par le frère dominicain Kim En Joong8.

Le mobilier liturgique est réduit à l’essentiel.  La table de l’autel, en ardoise, est soutenue par huit lames ornées de cabochons reliquaires dorés, en acier comme l’ambon, les porte-cierges, les luminaires… Le crucifix en plomb est une réalisation des élèves de l’Ecole Boulle9, toute proche. A gauche de l’autel, sur une tablette d’ardoise, un linge blanc en forme de tente10 rappelle le tabernaculum qui protégeait l’Arche d’Alliance pendant l’Exode : “chaque fois que Moïse entrait dans la Tente, la colonne de nuée descendait, se tenait à l’entrée de la Tente et [Dieu] parlait avec Moïse” (Exode 33, 9). Une statue de saint Eloi, en plâtre doré, œuvre de Jean Puiforcat, le représente tenant un marteau à planer11, symbole du travail humain, et une coupe, réceptacle du sang du Christ. Le chemin de croix est évoqué par des chiffres romains tracés sur la structure, surmontés d’une croix et d’un porte-bougie12.

A l’entrée dans l’église, à droite, le baptistère, signe de l’accueil du baptisé dans l’Eglise, n’est plus utilisé en tant que tel mais comme salle d’appoint pour la liturgie. A gauche, la chapelle de semaine a été isolée de la nef en 1997 par une paroi en brique et verre. Une cloison libre en bois clair délimite le chœur. Une niche y abrite la statue de la Vierge13. Le mobilier liturgique est réalisé en métal ainsi que la porte de l’ancien tabernacle14, encastré dans le mur et orné d’émaux rouge et or.
En 2001, derrière l’autel, est aménagé un nouveau tabernacle15 décoré du poisson, signe de reconnaissance des premiers chrétiens, “ἰχθύς” en grec et acronyme de l’acclamation : “Iêsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sôtếr” (Jésus fils de Dieu sauveur).

L’église jouit d’une belle acoustique et d’un orgue de qualité, construit par la maison Schwenkedel en 1970 avec des éléments du Mutin-Cavaillé-Coll de la précédente église.

Disposition de l’église lors d’une célébration de l’office du Jeudi Saint.
L’agencement de l’espace permet de l’adapter aux célébrations, ce qui favorise la participation des fidèles, comme le recommande le Concile Vatican II (1962-1965).Le décor homogène et dépouillé lié au passé artisanal du quartier, l’utilisation de matériaux “vrais” mettent le monde du travail en honneur, au cœur de la pensée de l’Eglise qui se veut proche et servante des hommes.
La statue de saint Eloi, don de la maison Puiforcat à la paroisse en 1985, œuvre créée pour l’Exposition Internationale de 1937 par Jean Puiforcat, orfèvre et croyant (1897-1945).
Saint-Eloi  (588-660)
Éloi (du latin eligius, élu) naît près de Limoges dans une famille gallo-romaine chrétienne. D’abord apprenti chez un orfèvre de la ville, il entre au service du trésorier royal, à Paris.
Auteur du trône incrusté de pierres précieuses du roi Clotaire II (613-629), Éloi en réalise un second avec le surplus et l’offre au roi. Devant tant de talent et d’honnêteté, Clotaire le prend pour conseiller. Eloi exercera cette charge jusqu’à la mort de ce roi, puis auprès de son successeur, Dagobert (603-639), tout en continuant son métier d’orfèvre. Il réalise, entre autres, la croix de l’abbaye de Saint-Denis dont le seul élément préservé est à la Bibliothèque Nationale. En même temps, il mène à bien diverses missions diplomatiques, notamment auprès du roi breton Judicaël. Il nourrit les pauvres, rachète des esclaves et des prisonniers, ensevelit les corps des condamnés à mort. Il fonde des monastères, dont le premier pour femmes dans l’Ile de la Cité (635).
En 640, connu pour sa piété, il est élu et consacré évêque de Noyon et Tournai, un diocèse qui s’étend jusqu’à la Frise néerlandaise. Quand il ne voyage pas pour prêcher aux Germains, il se retire à Ourscamps-sur-Oise. Il meurt à Noyon le 1er décembre 660.
Fort populaire au Moyen-Age, il est le patron des artisans du métal, vil ou précieux, comme les orfèvres ou les mécaniciens de l’aéronautique. Il est souvent représenté en évêque, avec le marteau et l’enclume, attributs du maréchal-ferrant.
De nombreuses confréries regroupant des corporations ou des organisations charitables se réclament de Saint Eloi dans le monde chrétien. Depuis une trentaine d’années, la confrérie Eureloy regroupe celles d’Europe.
Paris fête saint Eloi le deuxième dimanche de décembre, lors d’une procession solennelle et d’une messe en la cathédrale Notre-Dame demandée par la Confrérie Saint-Eloi de la Chaîne et la Clé d’Or.

Notes :

1 — 1909-2001. Architecte urbaniste, issu d’une famille d’ingénieurs, qui collabore aux plans masse de cet ilot, de la Place des Fêtes et de la rue de Tanger (Paris 19e).
2 — 1904-1994. Originaire de l’Aveyron, il est archevêque de Paris de 1968 à 1981 et créé cardinal en 1969.
3 — La typographie est typique de la signalétique des années 1960.
4 — Une voie prioritaire, prévue dès 1847, devait relier les places de La Nation et d’Italie. Son tracé aurait nécessité de raser les constructions situées entre l’église et la rue Montgallet.
5 — Né en 1957, ce sculpteur travaille le métal. Il est connu en Scandinavie pour ses représentations géantes de feuilles d’arbres.
6 — Vaste vêtement liturgique en forme de cercle avec un trou au centre pour passer la tête. Son nom vient du latin casula : petite maison, cabane.
7 — Situé à l’entrée de l’église, cet espace était jadis réservé aux catéchumènes (personnes se préparant au baptême).
8 — Peintre né en Corée en 1940. En 1965, après des études aux Beaux Arts de Séoul, il enseigne le dessin au séminaire de la ville et découvre la religion catholique. Il vient en Europe pour étudier la peinture et la théologie. Il entre chez les dominicains en 1970. Prêtre depuis 1974, il médite les Ecritures et peint dans le silence. Il est, entre autre, l’auteur de vitraux à la cathédrale d’Evry (Essonne), à la basilique de Brioude (Auvergne), à la cathédrale de Chartres (crypte), dans la nef de Saint-Joseph-Artisan (Paris 10e).
9 — Créée par la Ville de Paris en 1886 près du faubourg Saint-Antoine, cette école porte le nom d’André-Charles Boulle (1642-1732), ébéniste de Louis XIV. Elle forme aux métiers d’art, de l’architecture d’intérieur et du design.
10 — Elle peut servir d’abri provisoire au ciboire, coupe (kibôrion en grec) destinée à contenir les hosties consacrées.
11 — Marteau servant à façonner et durcir une pièce de métal. La surface obtenue est lisse ou facettée, selon que la tête du marteau est plane ou striée.
12 — Ces croix sont placées sur les piliers à l’endroit où l’huile sainte a été déposée lors de la consécration de l’église.
13 — Sculpture en bois comportant “FelTain” en signature.
14 — Il est l’œuvre de l’Ecole Boulle et a été offert à la paroisse par son directeur.
15 — Il est signé Gilles Froidevaux, sculpteur-métallier d’art, originaire de Franche-Comté.

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© ACF / Paris, 2015 — Photos M. Baranger, A. Deberdt, S. Désarmaux, F. de Franclieu