La Sainte-Trinité

Place d’Estienne d’Orves, Paris 9e
M° Trinité-Estienne d’Orves

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latriniteparis.com

L’église de la Sainte-Trinité, dans les années 1870 (dessin de François Avenet, dit Alexandre Ferdinandus, illustrateur de presse mort en 1888).
Vue générale de la nef avec sa voûte. 90 mètres de longueur pour 34 de largeur et 30 de hauteur. Le chœur est enserré entre deux tribunes avec, au centre, le maître-autel d’origine, œuvre de l’orfèvre Poussielgue-Rusand, et le nouvel autel de Philippe Kaeppelin.
Représentation triandrique de la Sainte Trinité sur l’arc de gloire du chœur .
Décor en pseudo-mosaïque des retombées de la voûte.
L’arc du revers de la façade fait écho par son décor à celui du chœur.
L’ancien maître autel (19e siècle).
Nouveau maître autel, orné de la colombe de l’Esprit Saint, œuvre du sculpteur Philippe Kaeppelin (1918-2011), aussi auteur du nouvel autel de la chapelle axiale orné de l’Agneau Pascal. Ambons et crucifix complètent cet ensemble installé en 1992.
Le baptême de Jésus par Français.
Le Christ mis au tombeau par Brisset.

Le bénitier orné de l’ange de l’Innocence par Gumery.
En juin 1850, le développement de ce quartier de Paris, en cours d’aménagement par Haussmann, suscite l’édification d’une chapelle rue de Calais inaugurée le jour de la sainte Trinité1. Un an après la création de la paroisse, en 1852, un modeste édifice en bois2 la remplace. En 1861, le conseil municipal décide de construire une nouvelle église sous ce vocable entre le quartier de l’Europe, à l’ouest, et un lotissement3 de style antiquisant achevé vers 1865, adopté par des artistes férus de culture grecque, la Nouvelle Athènes, à l’est.

L’architecte Théodore Ballu4 conçoit cette troisième église comme l’élément principal d’une large place aux nombreux accès, bordée d’immeubles dont il dessine les façades et — nouveauté — agrémentée d’un jardin. Achevée en 1867, elle se dresse dans l’axe de la rue de la Chaussée d’Antin qui mène aux Grands Boulevards, à la Bourse et au futur Opéra5.

A l’extérieur, l’église surplombe le jardin de plan elliptique, arboré et orné de trois fontaines réalisé par l’ingénieur Alphand6. Son implantation traduit la volonté de marquer un carrefour important de la ville en liant deux quartiers en pleine évolution. Inscrite au cœur de la ville, comme Saint-Pierre de Montrouge ou Saint-Augustin, elle manifeste déjà par sa façade le programme théologique qui est à l’origine de son vocable — SANCTAE TRINITATI —comme l’indique l’inscription au-dessus de la rosace. Pour les chrétiens, le mystère de la Trinité réunit le Père, le Fils, l’Esprit : trois personnes distinctes, en un seul Dieu d’Amour7.

A l’intérieur, la nef en impose par son ordonnance, son décor fastueux et ses dimensions. L’usage de la fonte de fer pour la charpente a permis à Ballu de construire une nef de 19 mètres de largeur qui favorise la vision de l’autel lors des célébrations et peut accueillir de nombreux fidèles. Les yeux se portent naturellement vers le chœur surélevé par la crypte, délimité par dix colonnes de stuc vert — pouvant rappeler les Dix Commandements de Dieu Ex 20, 2–17 — et encadrant l’autel en bronze doré, œuvre des ateliers Poussielgue-Rusand8.

La nef est rythmée par six piles ornées de deux niches superposées abritant chacune une statue d’apôtre, les douze réunis autour de Marie lors de la Pentecôte9 : Pierre et Jacques le Majeur, André et Jacques le Mineur, Jean et Matthias [à gauche en montant] puis Thomas et Barthélémy, Thaddée et Simon, Matthieu et Philippe [à droite en descendant].

A la retombée de la voûte, les peintres Félix Jobbé-Duval10 [à gauche] et Félix Barrias11 [à droite], ont représenté dans des médaillons en pseudo-mosaïque des saints célèbres par leurs écrits ou leurs prédications sur la Trinité  aux 4e et 13e siècles : Basile de Césarée, Ambroise de Milan, Léon 1er Pape, Bonaventure, Hilaire de Poitiers [à gauche en montant], puis Epiphane de Chypre, Grégoire de Naziance, Athanase d’Alexandrie, Augustin d’Hippone, Jean de Damas [à droite en descendant].

Au-dessus de chacun d’eux, dans un triangle : deux allégories relatives à leur charisme entourent un calice qui évoque l’Eucharistie.

Sur l’arc triomphal, fermant le chœur et ouvrant sur la chapelle axiale dédiée à Marie, Félix Barrias a aussi peint en pseudo-mosaïque une représentation triandrique de la Sainte Trinité12 : le Père entoure de son manteau le Fils et l’Esprit Saint pour souligner l’unité des trois personnes égales dans l’Amour.

Dans l’axe du chœur : la chapelle dédiée à la Vierge Marie possède les seuls vitraux historiés de l’église. Consacrés à sa vie, ils sont l’œuvre d’Eugène Oudinot13. Pour la statue de l’autel, Paul Dubois14 s’est inspiré de l’art de la Renaissance à Florence. Sur les murs, des représentations d’Isaïe et d’Ezéchiel [à gauche], de Daniel et de David [à droite], prophètes qui ont annoncé la venue du Messie dans la Bible. L’Assomption de Marie par Jules Delaunay15 [à gauche] et la Présentation de Marie au temple par Emile Lévy16 [à droite] figurent au-dessus.

Dans les chapelles latérales, des toiles marouflées, œuvres de peintres d’histoire réputés à l‘époque, donnent à voir à bonne hauteur des épisodes de la vie de saints parisiens et des sujets de méditation pour la prière, alors que la façade et le vaisseau central glorifient la Trinité.

A gauche [en montant], Louis Français17 a peint le Baptême du Christ et Adam et Eve [baptistère], Michel Dumas18 la Vierge de Douleur et la Vierge Consolatrice [chapelle d’adoration continue], Romain Cazes19 Le bon Pasteur et le Sacré Cœur, Eugène Thirion20 le Songe de Joseph et la Sainte Famille. A droite [en descendant], Désiré Laugée21 a peint saint Denis, Barrias sainte Geneviève, Jules Lecomte du Nouÿ22 saint Vincent de Paul, Nicolas Brisset23 les Ames du Purgatoire et La mise au tombeau [chapelle des fins dernières]. Par leur naturalisme, les toiles du baptistère se distinguent dans cet ensemble de facture académique.

Au fond de l’église, sur le grand arc, Félix Jobbé-Duval a représenté l’Agneau pascal entouré d’anges tandis que l’archange Michel [à gauche] terrasse le Mal et l’archange Gabriel [à droite] s’adresse à Marie lors de l’Annonciation . A hauteur des tribunes, au-dessus des portes latérales : Pierre et Paul, fondateurs de l’Église. Au-dessous, dans deux niches en stuc façon marbre, l’ange de l’Innocence [à gauche] et l’ange de la Pureté [à droite], sculptés par Charles Gumery24, surmontent des bénitiers trilobés contenant l’eau bénite, rappel du baptême.

Le grand orgue, inauguré en 1869, est l’œuvre d’Aristide Cavaillé-Coll25. Olivier Messiaen26, en fut le titulaire dès l’âge de 23 ans en 1931 jusqu’à sa mort en 1992. Homme de foi, compositeur et pédagogue, pianiste et improvisateur, il s’est soucié de louer Dieu dans la joie et la splendeur de la Création avec un langage basé sur l’association des sons et des couleurs. Passionné d’ornithologie, il est, pour le 20e siècle, un des grands musiciens de la nature inspiré par le chant des oiseaux.

En 1871, la Sainte-Trinité, dotée de tout le confort de l’époque — chauffage et éclairage — s’ouvrit aux blessés du siège de Paris par l’armée prussienne, premier signe d’une vocation charitable qui perdure aujourd’hui.

Projet de Ballu pour la façade de l’église .

Le tympan central du portique représentant la Sainte Trinité.
La façade de la Sainte-Trinité

Placée en avant du corps même de l’église, cette composition de style renaissance italienne et française fondée sur le chiffre trois, est une sorte de théâtre architectural et emblématique sur la Trinité7.

Au premier niveau, avant le portique, le jardin fait transition entre la ville et l’église. Trois statues27 représentant la Foi [à gauche], la Charité [au centre], et l’Espérance [à droite] dominent trois fontaines prévues pour remplir la triple vasque située à leurs pieds.

Au deuxième niveau, le portique — par lequel arrivaient les calèches — donne accès aux trois portes principales de l’église. Des carreaux de lave émaillée, œuvre de Paul Balze28, ornent les tympans : Le Christ instituant Pierre chef de l’Eglise [à gauche] et La Résurrection du Christ [à droite] encadrent une première représentation de La Trinité, avec l’Esprit sous forme de colombe entre le Fils présentant l’Evangile et le Père portant le globe terrestre.

Sur les piles du porche et de l’attique, [de gauche à droite y compris les retours], les niches abritent les statues de saints et de théologiens engagés dans la défense et l’illustration de la Trinité.

Au porche : Jérôme de Stridon, Grégoire le Grand, Grégoire de Naziance, Hilaire de Poitiers, Augustin d’Hippone, Athanase d’Alexandrie, Ambroise de Milan du 4e siècle et Bernard de Clairvaux du 12e siècle.

A l’attique : Grégoire de Nysse du 13e siècle, Cyrille d’Alexandrie du 5e siècle, Félix de Valois, Thomas d’Aquin, Bonaventure et Jean de Matha du 13e siècle, [Jean-]Chrysostome et Basile le Grand [évêque de Césarée] du 4e siècle. Aux angles de l’attique, regardant la ville, les vertus cardinales29 : la Justice et la Force [premier plan, gauche et droit], la Prudence et la Tempérance, [arrière plan gauche et droit].

Au centre : une rose encadrée par les symboles des quatre évangélistes, figures tirées de la vision du prophète Ezéchiel dans la Bible (Ez 1, 1-14) : le taureau, le lion, l’aigle, le jeune homme.

Au troisième niveau, la tour culmine à 65 mètres de hauteur. Sa base carrée abrite les cloches et supporte un élément octogonal comportant une horloge. Au-dessus, quatre statues d’hommes drapés dans un manteau et tenant un livre représentent les évangélistes Luc, Marc [premier plan gauche et droit], Jean et Mathieu [arrière plan gauche et droit] selon l’ordre de leurs attributs autour de la rose de la façade. Un lanternon surmonté d’une croix termine l’ensemble.

Notes :

1 — Fêtée le 8e dimanche après Pâques, soit celui qui suit la Pentecôte.
2 — Sa façade en pierre de style roman donnait au 12 de la rue de Clichy, au chevet de l’actuelle église.
3 — Lotissement achevé en 1863, conçu en étoile à partir de l’actuelle place de l’Europe et traversé dès 1843 par les voies de la gare St-Lazare.
4 — 1817-1885. De retour de Rome et d’Athènes, il est nommé adjoint de Gau en 1847 à Ste-Clotilde (Paris 7e) qu’il achève en 1857. Notamment auteur  de la basilique St-Denys d’Argenteuil (1862), de St-Ambroise (1863, Paris 11e), du temple du Saint-Esprit rue Roquépine (1865, Paris 8e), de St-Joseph-des-Nations (1867, Paris 11e), de la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Paris (1873, Paris 4e).
5 — Les chantiers de l’Opéra (inauguré en 1875) et de St-François-Xavier, aussi de style dit néo-renaissance (Paris 7e) sont en cours.
6 — 1817-1891. Chargé de l’embellissement de Paris par Haussmann. On lui doit nombre d’espaces verts et l’aménagement des bois de Vincennes et de Boulogne. Le monogramme «ST» orne les grilles du square.
7 — Le Concile de Nicée (325) proclame ce mystère chrétien pour la première fois, sous l’impulsion de l’empereur Constantin, converti en 324. Catéchisme de l’Eglise Catholique.
8 — Atelier d’orfèvrerie et de bronzes liturgiques du quartier Saint-Sulpice à Paris fermés en 1963.
9 — Le 50e jour après la Résurrection de Jésus (Pâques), les apôtres et Marie reçoivent l’Esprit Saint. Mathias remplace Judas après sa trahison et sa mort.
10 — 1821-1889. Notamment auteur de décors monumentaux à St-Gervais – St-Protais, St-Séverin, St-Sulpice (Paris 4e, 5e et 6y).
11 — 1822-1907. Peintre religieux et d’histoire, auteur de décors à l’Opéra et des peintures pour la chapelle de la Vierge à l’église Notre-Dame de Clignancourt (Paris 18e). Edgar Degas (1834-1917) a fréquenté son atelier.
12 — Représentation de la Trinité (apparue vers le 13e s.) sous la forme de trois hommes associés au symbole de leur mission : la croix de la Passion [le Fils], le globe de la Création [le Père] et la colombe [l’Esprit].
13 — 1827-1889. Elève de Delacroix, ce maître verrier ouvre son atelier en 1854 et produit nombre de verrières à Paris dont un rare chemin de croix à St-Eugène-Ste-Cécile (Paris 9e).
14 — 1829-1905. Neveu de Pigalle et premier maître de Camille Claudel, auteur, notamment du monument à Jeanne d’Arc devant l’église St-Augustin (1900, Paris 8e).
15 — 1828-1891. Peintre de genre, élève de Flandrin.
16 — 1826-1890. Peintre d’histoire et de portraits.
17 — 1814-1897. Elève de Corot, peintre de l’Ecole de Barbizon.
18 — 1812-1885. Elève d’Ingres.
19 — 1811-1881. Elève d’Ingres. Œuvres à St-François-Xavier et à ND de Clignancourt (Paris 7e et 18e).
20 — 1839-1910. Peintre d’histoire, élève de Cabanel.
21 — 1823-1896. Peintre religieux et naturaliste.
22 — 1842-1923. Peintre d’histoire.
23 — 1810-1890. Peintre d’histoire.
24 — 1827-1871. Un des sculpteurs les plus réputés du Second Empire dont plusieurs œuvres ornent l’Opéra Garnier, le palais du Louvre ou la Gare du Nord.
25 — 1811-1899. L’un des plus grands facteurs d’orgue du 19e siècle. Il a créé ou modifié plus d’une douzaine d’orgues d’église à Paris.
26 — 1908-1992. Toutes les œuvres de ce musicien croyant sont habitées par sa foi. Son unique opéra, Saint François d’Assise, créé en 1983, constitue son testament musical.
27 — Les trois vertus théologales, sur des modèles de Francisque Duret (1804-1865),  par Eugène Lequesne (1815-1887) l’auteur de la Bonne Mère (Marseille).
28 — 1815-1884. Peintre aussi auteur du tympan de l’église Saint-Laurent (Paris 10e) sur une technique mise au point avec le peintre Jules Jollivet (1803-1871).
29 — Copies d’originaux de Cavelier (1814-1896), Pradier (1792-1852), Crauk (1827-1905) et Carpeaux (1827-1875).

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©ACF/Paris, 2017.   Photos M. Caillon, F. de Franclieu.