Notre-Dame-de-La-Salette

Notre-Dame de La Salette
38 rue de Cronstadt  et  27 rue de Dantzig, Paris 15e

M° ConventionVisites ACF/Paris : 01 45 31 12 16

 

www.ndls.fr

L’entrée principale de l’église rue de Cronstadt. Le clocher n’a jamais été construit.
Plan de la “maison” du Haut-Vaugirard et sa chapelle (en vert) en 1875.
L’édifice de 33 mètres de diamètre et 17 mètres de hauteur repose sur 26 pilotis qui atteignent le sol des carrières à plus de 20 mètres de profondeur.
Vitrail représentant le fondateur de la “maison” : Léon Le Prévost (chapelle du sanctuaire).
Les vantaux du portail d’entrée. Chacun s’ouvre en pivotant sur un axe central. Ainsi la scène de l’apparition de la Vierge aux jeunes bergers de La Salette et la reproduction de la croix que la Vierge portait lors de cet événement se font face.
La Vierge de La Salette. Le disque en cuivre rouge placé au dos de la statue rappelle la clarté dans laquelle elle est apparue aux jeunes bergers.
L’orgue et le baptistère.
Croix de procession créée pour le jubilé de l’église en 2015.
Notre-Dame de La Salette est la première église circulaire construite à Paris au moment de la clôture du concile Vatican II. Elle est située au sud-ouest de Paris, dans le quartier du Haut-Vaugirard, à proximité du parc Georges-Brassens qui remplace d’anciens abattoirs et un marché aux chevaux1, secteur jadis réputé pour son vignoble2, ses carrières de pierre et ses briqueteries.3En 1853, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul4 acquirent un terrain dans cette zone où vivaient de nombreux chiffonniers. En 1856, après un orphelinat et un patronage, les Religieux édifièrent un sanctuaire dédié à Notre-Dame de La Salette en reconnaissance de sa protection envers leur œuvre pour les jeunes défavorisés. Au début des années 1960, dans ce quartier alors en plein essor, grâce à la générosité des fidèles, les Religieux construisirent5 cette église. Le diocèse érigea ce lieu en paroisse.Le sanctuaire a conservé l’autel d’origine surmonté d’un groupe sculpté représentant l’apparition de la Vierge à La Salette. Les vitraux illustrent l’histoire de la “maison” notamment l’ordination de son fondateur Jean-Léon Le Prevost6 dont la tombe est surplombée par une statue de saint Vincent de Paul7. Dans le bas-côté gauche, sont conservés des reliques et des souvenirs du curé d’Ars8 pour lequel les Religieux ont une dévotion particulière. Dans le chœur se trouve la sépulture d’Henri Planchat, premier prêtre de la congrégation9, fondateur d’un patronage dans le quartier ouvrier de Charonne où il fut pris en otage et fusillé en mai 1871, lors de la Commune.L’église paroissiale, inaugurée le 19 septembre 196510, est l’œuvre de l’architecte Henri Colboc11 qui opta pour un édifice circulaire propice à une réelle participation de toute la communauté à la liturgie et à l’utilisation optimale du terrain de cet ilot entouré d’immeubles d’habitation.

A l’extérieur, une voie privée ouvre sur la rue de Cronstadt par des grilles découpées de silhouettes d’hommes et de femmes. Celle-ci conduit à l’église qui est couronnée d’un dôme ajouré de longues ouvertures, terminé par un lanterneau et une croix. Les vantaux du portail d’entrée s’ouvrent en pivotant sur leur axe central. Ainsi les motifs se placent en vis-à-vis.

La tonalité du large portail aux deux vantaux carrés en noyer massif s’accorde à celle du ciment utilisé brut de décoffrage pour tout l’édifice. Ses bas-reliefs sont l’œuvre de Jean-Marie Baumel12. Sur celui de gauche, l’artiste a sculpté la Vierge entre les bergers de La Salette et, sur celui de droite, la croix qu’elle portait lors de l’apparition : Jésus, bras en croix, avec à la place des clous, un marteau et des tenailles, instruments de la Passion13.  Des motifs verticaux suggèrent la lumière dans les deux scènes.

A l’intérieur, l’imposante coupole de vingt mètres de diamètre à la base couvre intégralement le lieu de rassemblement des fidèles. Elle est soutenue par seize piliers portant des consoles triangulaires qui dégagent la vue vers l’autel. La grande étoile ainsi formée surplombe le déambulatoire, lui-même surélevé par rapport à la nef. Au centre, le lanterneau forme un puits de lumière. Pour les seize vitraux de dix mètres de hauteur, le peintre verrier Michel Martinaud14 a utilisé un dégradé de couleurs qui suggère l’intensité de la lumière céleste.

L’autel, une large dalle ovale de travertin massif, permet à plusieurs prêtres de concélébrer la messe selon les recommandations du concile Vatican II.
Le tabernacle baigne dans la lumière pénétrant par une claustra située à droite et imaginée par le maître verrier Joseph Archepel15.

A gauche de l’autel, la Vierge de La Salette en pleurs a été sculptée dans un bloc de bois exotique. Au mur d’enceinte, le chemin de croix en noyer massif, évoque la Passion du Christ. La plasticité forte de ces œuvres réalisées en 1976 par Jean-Marie Baumel, s’accorde à l’architecture dépouillée du lieu.

Dans le déambulatoire, l’orgue est protégé par des grilles. Comme celles des portes situées entre les piliers, le Frère Michel Claireux y a inclus des éléments évoquant l’Évangile. A proximité, le baptistère creusé dans le sol est utilisé pour les baptêmes d’adultes.

Dans un périmètre où des Habitations à Bon Marché16 pour la population ouvrière et laborieuse du Haut-Vaugirard virent le jour au début du 20e siècle, la paroisse Notre-Dame de La Salette perpétue le charisme de ses fondateurs avec l’implantation de foyers pour étudiants, de patronages et de centres de formation.

Site de La Salette (Isère).
La Salette.

Le 19 septembre 1846, Maximin Giraud, onze ans, et Mélanie Calvat, quatorze ans, revinrent à La Salette, leur village, disant qu’ils avaient rencontré une “Belle Dame”dans l’alpage où ils gardaient les vaches. La clarté qui l’entourait, les enveloppait aussi. Elle était assise, la tête dans les mains, les coudes sur les genoux, pleurant dans une attitude de grande tristesse. Elle portait une croix sur  laquelle se trouvaient un marteau et des tenailles. Elle se leva et parla longuement de “son Fils”, en français, puis, voyant qu’ils ne comprenaient pas, en patois. Elle les exhorta à prier tous les jours, à participer à la messe du dimanche et leur demanda de passer ce message au peuple de Dieu.
Ce message suscita un grand renouveau spirituel.
La première pierre d’une vaste église fut posée le 25 mai 1852. Trois ans plus tard, l’évêque de  Grenoble confirmait l’authenticité de l’apparition.
Aujourd’hui, Notre-Dame de La Salette, devenue basilique en 1879, est le deuxième lieu de pèlerinage en France, après Lourdes, et plus de mille sanctuaires sont dédiés à Notre-Dame de La Salette dans le monde.

Intérieur de l’église Saint-Pierre à Yvetot.

Intérieur de l’église Saint-Maximin à Boost.
Eglises rondes

Notre-Dame de La Salette n’est pas la première église circulaire du genre.
Dès le 4e siècle, nombre d’églises reprirent ce type de plan utilisé pour la basilique du saint Sépulcre construite sur le tombeau du Christ à Jérusalem,Saint-Pierre à Yvetot et Saint-Maximin à Boust notamment, qui précèdent Notre-Dame-de-La-Salette de quelques années, suivent cette tradition mais l’emploi du béton à permis une recherche de la qualité de la lumière et une certaine liberté formelle.Dans l’église ronde et à toit plat d’Yvetot en Normandie construite par Yves Marchand en 1956, l’autel est placé sur sa circonférence.
Dans l’église ronde et à toit plat de Boust en Lorraine construite par Georges-Henri Pingusson (1894-1978) en 1961, l’autel est placé au entre de l’assemblée des fidèles. Ce proche d’Henri Colboc, est notamment l’auteur du Mémorial des Martyrs de la Déportation dans l’Ile de la Cité à Paris.

Notes
1 — Transféré à la Villette dans les années 1960, sa porte principale sert d’entrée au parc Georges-Brassens depuis 1985. Les taureaux sont d’Isidore Bonheur (1827-1901).
2 — Le Périchot, un cépage qui produit des petits raisins noirs, jadis appelés morillons. Des pieds de Pinot ont été replantés en souvenir dans le parc Georges-Brassens.
3 — Les carrières, exploitées du 16e siècle à la Révolution, servirent notamment à construire le Pont-Neuf, l’église Saint-Sulpice et l’Ecole Militaire. Les douze briqueteries qui étaient encore en activité à la fin du 19e siècle produisaient de solides briques rouges, les briques de Vaugirard.
4 — Institut fondé à Paris en 1845 pour servir les pauvres, les ouvriers et les jeunes démunis.
5 — Aux emplacements des locaux réservés aux œuvres pour jeunes filles et du clocher du sanctuaire, démolis dès 1962.
6 — 1803-1874. Jeune enseignant venu à Paris en 1825 où il rencontra Frédéric Ozanam (1813-1853) et Rosalie Rendu (1786-1856), acteurs de la charité dans le Paris ouvrier de la révolution industrielle.
7 — 1581-1660. Figure marquante du renouveau spirituel et apostolique du 17e siècle. Ce prêtre œuvra pour soulager la misère matérielle et morale de ses contemporains.
8— Jean-Marie-Baptiste Vianney, dit le Curé d’Ars, né en 1786 près de Lyon et mort en 1859 à Ars-sur-Formans où il fut curé pendant 41 ans.
9 — 1823-1871. Le souvenir de cet épisode est conservé à l’église Notre-Dame-des-Otages (Paris 12e). Ce prêtre fut actif auprès des pauvres et des ouvriers.
10 — La clôture du concile Vatican II est le 8 décembre 1965.
11 — 1917-1983. Son voyage aux Etats-Unis après à la fin des années 1940, l’oriente vers un style fonctionnel et épuré. Il est aussi l’auteur de l’église Saint-Michel au Havre (1964).
12 — 1911-1978. Elève d’Henri Bouchard aussi auteur des monumentales du pont Boieldieu (Rouen). Ce portail a été exposé au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
13 — Avec la lance du centurion, l’éponge imbibée de vinaigre, la couronne d’épines…, ces arma christi sont des objets qui rapellent les souffrances du Christ lors la Passion.
14 — Peintre et sculpteur installé dans la vallée de Chevreuse, actif dans les années 1960.
15 — Né en 1925. Elève de Mathurin Méheut, en 1955, il ouvre son atelier à Cachan près de Paris.
16 — L’immeuble pour ouvriers construit par la Fondation Lebaudy au 6 rue de Cronstadt en 1913, compte parmi ces initiatives

* * *

© ACF/Paris, 2014. Photos M. Baranger, D. Dustang, F. de Franclieu. L-G. Piéchaud