Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux

Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux
12 rue des Blancs-Manteaux, Paris 4eM° Hôtel-de-Ville, Saint-Sébastien-Froissart, Rambuteau

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La nef, typique des édifices religieux bâtis sous Louis XIV.
Le vitrail de Raphaël Lardeur (bas-côté droit) représentant Louis IX (saint Louis) installant les Servites à Paris.
Le bas-relief représentant une fontaine. Le sang jaillissant des mains, des pieds et du cœur transpercés du Christ alimente sept jets symbolisant les sept sacrements de l’Église : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la réconciliation, l’onction des  malades, le mariage et l’ordination. Ce bas relief fait face au chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem, image de la lumière divine.
Yahwe
L’Annonciation par Le Dart (bas-côté droit).
L’Adoration des Bergers par Bralle.
Le Lavement des pieds par Latil (fond de l’église).
Samson mangeant le rayon de miel (chapelle Sainte-Geneviève).

L’orgue et le tambour d’entrée qui soutient sa tribune.
En plein cœur du quartier du Marais, contre le Mont-de-Piété1, l’église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux bâtie à la fin du 17e siècle, remplace celle édifiée en 1258 par les Servites2 de la Vierge-Marie venus à Paris sous le règne de saint Louis.
La rue sur laquelle donne son parvis perpétue le nom de leur habit blanc. Cet ordre est dissout en 1274. Le monastère est alors donné aux Guillemites3, religieux vêtus de noir qui suivent la règle de saint Benoît.

L’essor des bénédictins4 au 17e siècle amène à sa rénovation et à son agrandissement de 1685 à 1690 avec une nouvelle église, orientée nord-sud, un noviciat et une importante bibliothèque5.
A la Révolution, les moines sont chassés, les bâtiments pillés et vendus. Seuls subsistent celui de l’actuel presbytère et l’église conventuelle qui servit un temps de salle de réunion et de grange. Au lendemain du Concordat6, celle-ci devient église paroissiale.

A l’extérieur, la façade, sobre, de style classique, construite par Cartaud7 en 1705 pour l’église des Barnabites8, démolie par Haussmann lors du percement du boulevard du Palais sur l’île de la Cité, est remontée ici par Baltard9 en 1863. Il a ajouté une travée à la nef et créé le tambour d’entrée qui soutient la tribune de l’orgue, avec des boiseries du 17e siècle provenant de l’ancienne église de l’abbaye Saint-Victor.

A l’intérieur, la lumière qui entre par de grandes fenêtres percées dans la voûte en berceau, éclaire la nef, blanche et épurée. Cette disposition attire le regard sur l’autel où est célébrée l’Eucharistie. Les arcs rythmés par des pilastres corinthiens relient la nef aux bas-côtés qui faisaient, naguère, le tour du chœur. Ils sont ornés de médaillons, principalement dédiés aux apôtres.
Sous la fenêtre centrale, sur l’entablement qui fait le tour de la nef et du chœur,     [Yahve] est inscrit dans un triangle. Puis, se répondant en vis-à-vis, dix-neuf bas-reliefs mettent en relation l’Ancien et le Nouveau Testament10, constituant une suite de symboles bibliques spécifique à cette église.
Ces bas-reliefs sont séparés par les monogrammes des saints liés à l’histoire du lieu dont le AM de l’Ave Maria de l’Annonciation et le SB de saint Benoît ou le SM de saint Maur.

Dans l’axe de la nef et au-dessus de l’autel, sous la gloire11 entourant l’Esprit saint, la Vierge est représentée émergeant d’une nuée et écrasant le mal symbolisé par un serpent. Cette sculpture en argile peinte a été réalisée en 1831 par Hérault12, également auteur des statues des quatre apôtres adossés aux boiseries qui proviennent de l’ancienne abbaye Saint-Victor. Saint Louis et saint Guillaume de Malval se font face à l’entrée du chœur.

En 1802, le clergé13 eut le souci de redonner un décor et un mobilier liturgique à l’église, pillée à la Révolution, par l’installation des stalles, de la chaire, de la table de communion14 et l’acquisition d’œuvres d’art.

Dans le bas-côté droit, citons — sous les vitraux créés par Raphaël Lardeur en 1946, racontant l’histoire de l’église — une Vierge à l’Enfant en pierre, de style champenois, du 14e siècle, située entre deux tableaux du 17e siècle.
A gauche, une Annonciation de Le Dart15 : la Vierge accueille la parole de l’ange tandis que du ciel ouvert descend l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe (Lc 1,26-38). A droite, une Multiplication des pains de Claude II Audran16 : les apôtres distribuent à la foule la nourriture bénie par Jésus (Lc 9,10-17).
Dans la chapelle ajoutée en 1843, dédiée à sainte Geneviève17 patronne de Paris dont la dévotion renaît à cette époque, six toiles du 17e siècle sur le thème de la Nourriture céleste peintes par Ferdinand Elle18.
Elles représentent le prophète Elie nourri par l’ange (1R19,1-8), la Rencontre d’Abraham et de Melchisédech (Gn18-20), La Manne dans le désert (Ex1-7), Moïse frappant le rocher (Ex16,15), David et le prêtre Achimélech (1S,1-7) et Samson mangeant le rayon de miel (Jg14,8). Tous ces épisodes de l’Ancien Testament sont considérés par la tradition chrétienne comme des préfigurations du sacrement de l’Eucharistie.

Au fond de l’église, à gauche et à droite de l’orgue, une Adoration des bergers (Lc 2,1-18) signée Bralle19, où la lumière se concentre sur l’enfant Jésus et un Lavement des pieds (Jn 13,1-11) par Latil20 où le Christ essuie les pieds de son disciple Pierre. Dans ces deux œuvres en clair obscur, un linge blanc illumine les scènes et attire le regard.

Dans le bas côté-gauche, la chapelle du baptistère est ornée d’une Sainte famille  surmontée du Baptême de Jésus par Jourdy21. En remontant vers l’orgue de chœur on peut admirer une toile de Marlet22, Marie-Madeleine essuyant les pieds de Jésus au cours d’un repas chez Simon (Lc 7,36-50). Ces œuvres sont représentatives du renouveau de la peinture religieuse au 19e siècle et reflètent l’influence de grands maîtres des siècles précédents.
L’histoire de l’orgue débute en 1841. Il est installé en 1863 sur la tribune réalisée par Varcollier23. En 1944, le souffle d’une bombe endommage les vitraux et l’orgue. Restauré par Kern entre 1962 et 1964, il est inauguré en 1968.

L’église et le petit jardin qui a pris la place de l’ancien cloître, demeurent un endroit préservé. Par sa présence, la paroisse apporte un message de bienveillance dans ce quartier patrimonial, touristique et multiculturel.

La chaire à prêcher

La chaire24 est remarquable par sa marqueterie de bois, d’ivoire et d’étain. Comme le précise le cartouche de chaque médaillon, les scènes qui ornent la cuve sont tirées de la Bible.

Sur la porte, au pied de l’escalier, un homme qui abat un arbre rappelle cette parole de Jésus : Tout arbre qui ne porte pas de fruit doit être jeté au feu (Lc 3,32). Puis en montant, sont tour à tour illustrées des rencontres de Jésus : le mauvais serviteur [Je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?] (Mt 18, 23-25), l’économe infidèle25 [Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.] (Lc 16,1-14), une discussion de Jésus avec les pharisiens26 [Vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas sa place en vous] (Jn 8, 31-59), sa rencontre avec la samaritaine [Si tu savais qui est celui qui te dit : donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive] (Jn 4, 1-12), sa rencontre avec Nicodème [Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu] (Jn 3, 1-15), son entretien avec un docteur de la Loi [Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même] (Mt 22, 34-40).

Sur le dosseret, l’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle enfantera le Messie. Au-dessus, deux personnages tiennent chacun un cartouche sur lequel figure un verset tiré du livre d’Isaïe et un autre du Cantique des Cantiques. Ils encadrent Dieu le Père entouré d’une nuée glorieuse. L’abat-voix est orné d’une gloire d’où émerge une colombe, symbole de l’Esprit saint. Au-dessus, les quatre évangélistes, accompagnés de leur animal symbolique en référence à la vision d’Ezechiel (Ez 1, 10), soutiennent le combat de saint Michel terrassant le diable, symbole du mal, représenté par un homme au corps nu et noirci.

Notes :

1 — De l’italien monte di piéta (crédit de charité) : organisme de prêt sur gage d’objet, fondé à Paris en 1637 par Théophraste Renaudot.
2 — Ordre mendiant créé à Marseille en 1223.
3 — Ordre fondé par les disciples de Guillaume de Malval († en 1157), un chevalier devenu ermite à son retour de Jérusalem.
4 — Certains se référant à saint Maur († en 565) premier disciple de saint Benoît (480-547), prennent alors le nom de Mauristes. L’acte de fondation de leur communauté a lieu aux Blancs-Manteaux en 1618.
5 — Elle rivalise alors avec celle de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (Paris 6e). Son fonds est aujourd’hui l’un des plus importants des Archives Nationales et de la Bibliothèque Nationale.
6 — Texte diplomatique traitant de la réaffectation des lieux de culte et des relations entre l’Etat et la papauté, de 1801 à 1905, année de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.
7 — 1675-1758. Cet entrepreneur du roi Louis XV, œuvre pour des églises de Paris dont Notre-Dame-des-Victoires (Paris 2e).
8 — Ordre fondé en 1530 en l’église Saint-Barnabé à Milan pour l’instruction des jeunes. Le roi Henri IV les appelle en France en 1608.
9 — 1805-1874. L’auteur de l’église Saint-Augustin (Paris 8e), est l’architecte de la Ville chargé, en 1849, de l’aménagement et de la modernisation de Paris.
10 — Souvent, dans les églises au Moyen-Age, le nord est réservé aux scènes de l’Ancien Testament et le sud à celles du Nouveau.
11 — Décor rayonnant placé en hauteur dont le centre peut aussi être occupé par un triangle symbolisant la Trinité. Elle concentre le regard, comme la mandorle entourant le Christ au tympan des porches romans ou gothiques.
12 — Ce menuisier sculpteur rennais qui travaille dans les années 1850, représente ici la Vierge selon le dogme de  la conception immaculée de Marie, promulgué par le pape Pie IX en 1854.
13 — Notamment  Charles-Félix Garenne (1794-1878), curé de 1831 à sa mort.
14 — Mobilier liturgique situé entre le chœur et la nef où les fidèles communiaient à genoux. Celle-ci date de la fin du 17e s. et provient de la chapelle du château de Bercy commencé par Le Vau en 1658, dont on voit des vestiges près de Paris (Charenton-le-Pont).
15 — Membre de l’Académie de Saint-Luc, actif à Paris après 1650.
16 — 1639-1684. La dernière œuvre de cet élève de Lebrun, réalisée en 1683 pour la Chartreuse de Paris (démolie en 1800).
17 — Nanterre c. 420 – Paris c. 500. Elle figure au-dessus de l’autel, vêtue en bergère à la mode troubadour du début du 19e s., assimilée au Bon Pasteur qui rassemble ses brebis (Jn 10, 11-18).
18 — Dit l’ancien.  Peintre franco-flamand d’origine protestante né à Malines c. 1580 et mort à Paris en 1637. Connu pour ses portraits, il créé avec ses deux fils, Louis et Pierre, un atelier parisien réputé entre 1601 et 1617.
19 — 1785-1863. Peintre et illustrateur, élève de Proudhon.
20 — 1796-1890. Elève du baron Antoine-Jean Gros.
21 — 1805-1856. D’autres œuvres de cet élève de Lethière et d’Ingres se trouvent à Saint-Roch (Paris 1er) et à Sainte-Elisabeth (Paris 3e).
22 — 1771-1847. Ce peintre et graveur réalise ce tableau en 1808.
23 — 1825-1895. Cet élève de Baltard a construit la synagogue de la rue des Tournelles (Paris 4e) et la mairie du 18e arrondissement de Paris.
24 — Du latin cathedra : siège. Ce mot désigne le siège de l’évêque dans son église puis, à partir du concile de Trente (1545-1563), la tribune placée dans la nef qui sert au prêche. L’abat-voix qui le couronne améliore les conditions de l’écoute des fidèles. Depuis les années 1960, grâce aux progrès de la sonorisation, l’homélie se fait à l’ambon, dans le chœur, comme aux débuts de l’église.
25 — Sur le livre que tient le maître, on lit anno 1749, sans doute l’année de construction de la chaire. Offerte à l’église en 1867 par l’abbé Garenne qui l’avait acquise à l’Exposition Universelle. Elle proviendrait de Belgique ou de Bavière.
26 — Juif religieux vivant dans la stricte observance de la Torah et critiqué dans les évangiles parce qu’il fait passer les exigences formelles de la Loi avant la conversion du cœur.

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©ACF / Paris 2017. Photos M. Caillon, F. de Franclieu.