Saint-Jean-Baptiste de Belleville

 
Saint-Jean-Baptiste de Belleville
139 rue de Belleville, Paris 19e

 

M° Jourdain

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sjbb.fr

La seconde église Saint-Jean-Baptiste.

 

 

Lassus se tenant la tête à deux mains (culot à droite à l’entrée du chœur).

Vue du portail central avec son trumeau et son tympan consacrés à saint Jean le Baptiste.

La nef et le chœur.

Le baptistère installé en contrebas du podium et à l’arrière de l’autel, au centre d’un octogone, symbole de la Résurrection.

Un exemple du décor néo-médiéval d’origine dans les chapelles des bas-côtés et du déambulatoire.

Le lustre du chœur.

La crucifixion, dans le vitrail central du chœur. Image singulière : les bras du Christ qui sortent de l’image, rappellent qu’il s’est offert pour sauver le monde.

Vue arrière de la chaire.

Le buffet de l’orgue encadrant la rose du portail central.

Le devant du maître autel qui se trouve dans l’axe de la statue représentant saint Jean le Baptiste au trumeau du portail central. Par son éclairage intérieur, il attire le regard dès l’entrée dans l’église.

 

 

 

Dès le 7e siècle, on trouve trace du village de Belleville sur la butte Chaumont, située au nord-est de Paris. Très tôt, vignerons et maraîchers s’installent lui donnant son visage actuel : rues étroites entourant des parcelles allongées dans le sens de la pente.
Au 18e siècle, des fermes et des moulins à vent se fixent sur les hauteurs avec quelques demeures de parisiens venus goûter aux charmes de la vie champêtre et de la vue sur Paris tandis que les guinguettes s’agglutinent en contre-bas, à l’extérieur de la barrière de la Courtille1. En 1860, année de son annexion à Paris, la commune compte 70 000 habitants, principalement des ouvriers qui extraient le gypse, la marne et le calcaire des carrières à ciel ouvert de la butte, pour les chantiers de sa modernisation2.

En ce lieu, en 1548, une petite chapelle abrite un autel. Une première église dédiée à Saint-Jean-Baptiste la remplace en 1635. Puis, la population s’accroissant, une seconde église, plus grande, est construite en 16453. Celle-ci est détruite en 1854 pour laisser place à l’église actuelle.
Le conseil municipal qui souhaite pour cette paroisse4 un grand édifice fidèle au gothique du 13e siècle, confie le chantier à Jean-Baptiste Lassus5, architecte à l’origine du mouvement gothique-archéologique au milieu du 19e siècle. Il réalise ici la première église néogothique de Paris. A sa mort en 1857, son élève Casimir Truchy6 la termine selon ses directives. Orientée nord-sud, elle se dresse face à Paris, en haut de la rue du Jourdain, entre les rues de Palestine7 et Lassus. Elle est consacrée en 1859.

A l’extérieur, la façade est constituée de deux flèches octogonales, d’une rosace, d’une galerie et de trois portails dont les tympans sculptés par Aimé-Napoléon Perrey8 évoquent l’histoire de Jean le Baptiste (Jn 1, 19-34 et 3, 23-36). Celui-ci figure au trumeau du portail central, vêtu d’une peau de bête et juché sur un basilic, créature mi-coq mi-serpent symbole du Mal.  Il présente l’agneau par lequel il désigna Jésus : voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29).

Au tympan de gauche, Isaïe et Malachie montrent Jean, annoncé par leurs prophéties (Is 40,3 et Ml 3,1) : un ange tient le tison qui purifia les lèvres d’Isaïe (Is 6, 6-8) et Malachie (Mal 1, 6-14) présente une coupe préfigurant celle de l’Eucharistie. Au registre supérieur, de part et d’autre de Dieu le Père, deux anges adorateurs.

Au tympan central, de gauche à droite et de bas en haut : l’ange du Seigneur annonce la naissance de Jean à Zacharie ; Marie enceinte de Jésus visite sa cousine Elisabeth, la femme de Zacharie ; la naissance de Jean ; Jean prêche ; Jean baptise Jésus dans le Jourdain ; Jean interpelle Hérode ; la décollation de Jean ; Salomé présente la tête de Jean. Au registre supérieur,  de part et d’autre du Christ bénissant, deux anges l’encensent.

Au tympan de droite : le Christ visite Jean dans sa prison, le Christ libère Adam et Eve des enfers. Au registre supérieur, de part et d’autre de Jean qui rend grâce, deux anges : l’un porte la chaîne de sa captivité, l’autre l’épée de son supplice.

A l’intérieur, dans la nef en pierre nue, les colonnes montent d’un seul jet jusqu’à la voûte d’ogives, soulignant l’élan du vaisseau. A mi-hauteur, des colonnettes les doublent, jaillissant de culots sculptés avec des visages d’ouvriers du chantier, de notables du quartier, de religieux, de rois ou de reines. Le chœur, de même hauteur que la nef, la prolonge sans interrompre l’ordonnance. Le dépouillement volontaire de la nef en accentue la majesté.

Dans le transept, les collatéraux et le déambulatoire donnant accès aux chapelles, dont celle de la Vierge située dans l’axe de la nef, les tentures et les motifs peints sur les murs restituent une ambiance médiévale à la manière du 19e siècle.

Dans ce décor, de grandes toiles illustrent, dans le transept gauche, La prédication de Jean entre Le baptême de Jésus et La décapitation de Jean9, puis dans le transept droit Le mariage de la Vierge entre La nativité de Jésus et La mort de Joseph10.

Pour constituer un ensemble homogène, Lassus dessine les autels, les confessionnaux, les grilles, les stalles, jusqu’aux portes et leurs pentures. Son souci du détail s’exerce dans la chaire isolée de tout appui entre deux piliers de la nef.

En 2008, lors du réaménagement du chœur11, l’ambon, placé au bord du podium dans l’axe de l’entrée dans l’église, souligne l’importance de la proclamation de l’Evangile en ce lieu au début de la messe. Il précède l’autel, le tabernacle, puis — dans l’abside du chœur, après le podium — le baptistère et une grande croix nue en bois brut. Cette disposition, en liant ces lieux liturgiques, met en valeur le baptême12 dans cette église dédiée à Jean le Baptiste. Elle permet en effet d’accueillir de grandes assemblées autour de la cuve baptismale. Celle-ci est placée à l’aplomb d’un grand lustre suspendu à la clef de voûte, qui symbolise la lumière céleste13.

L’Agneau sur le devant d’autel et les flammes14 sur le tabernacle — œuvres d’Henri Guérin15 — entrent en convergence avec les vitraux du chœur.
Au fond du chœur, la Passion, la Crucifixion16, la Mise au tombeau, la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte confortent la symbolique du lieu. A l’entrée du chœur, ils présentent les disciples de Jésus accompagnés de Jean le Baptiste, de Marc, de Luc et de  Paul. Le maître verrier Auguste de Martel17 réalise l’ensemble des cinquante sept baies historiées de l’église sur des cartons de Louis Steinheil18, entre 1863 et 1865. Les stations du chemin de croix en métal repoussé argenté pourraient être l’œuvre de Baptiste Germain19.

L’église dispose dès 1860 d’un orgue de chœur puis d’un grand orgue en 1863. Le premier est dû au facteur d’orgue Suret20. Le second, dû à Cavaillé-Coll21, est installé dans la première travée de la nef sur une tribune en pierre. Son buffet épouse le contour de la rose.

Dans les années 1950, les studios de la Télévision remplacent ceux de Gaumont — disparus dans un incendie en 1953 — donnant un nouvel essor à cet ancien quartier ouvrier. Edith Piaf y est née en 191722 et les Petits Chanteurs à la Croix de Bois y sont fondés en 192423.

Les Fils de la Charité24 qui ont «planté» la croix en bois du chœur en 1961, ont desservi cette paroisse, une des plus grandes de Paris, de 1937 à 2003.

Aujourd’hui, le clergé diocésain poursuit leur œuvre qui a profondément marqué ce quartier multiculturel25.

Vitraux de la nef représentant L’arche de Noé, Le sacrifice de Noé au sortir de l’arche.

 

Représentation de Marie telle que Catherine Labouré la décrit lors de l’une de ses apparitions (détail du vitrail de la chapelle axiale).

Les vitraux de la nef, des bas-côtés, du transept et de la chapelle axiale

Des scènes bibliques ornent les baies hautes tandis que des représentations de saints et de saintes, protecteurs du diocèse, de la paroisse ou du pays, ornent principalement les baies à hauteur de regard.

Dans la nef, le visiteur avance au rythme de scènes tirées de l’Ancien Testament. Elles commencent au fond à gauche avec La création d’Eve, Adam et Eve tentés par le serpent, Adam et Eve chassés du Paradis, Caïn et Abel, L’arche de Noé, Le sacrifice de Noé au sortir de l’arche, L’ivresse de Noé, La tour de Babel. Elles se poursuivent de l’autre côté, en redescendant, avec Job et ses amis, Tobie et les morts, Samson et le lion, Josué arrêtant le soleil, David jouant de la harpe, Salomon rendant la justice, Eléazar et l’éléphant, Judith et Holopherne.

La rosace du portail central est dédiée à Marie dont le dogme de l’Immaculée-Conception26 est promulgué par le pape Pie IX l’année même où débute la construction de l’église. Une gloire composée d’anges et de séraphins l’entoure.

Les chapelles des bas côtés et du déambulatoire sont ornées de nombreuses figures de saints. Certains comme saint Vincent de Saragosse ou saint Fiacre rappellent le passé viticole et agricole de la butte. Dans la première chapelle du bas-côté gauche, vouée naguère au baptême : Le baptême de Jésus. Dans la chapelle opposée : La descente du Christ aux enfers.

Dans le transept on reconnaît : à gauche, Le sacrifice d’Abraham, Abraham et Melchisédech, Moïse et le buisson ardent, Les Tables de la Loi ; à droite, L’arche d’Alliance, Le désert, Le serpent d’airain, La mort de Moïse, des événements préfigurant l’Eucharistie célébrée au maître autel. Au-dessus des portes, sur le pignon est, Jean l’Evangéliste au-dessus d’un aigle et, sur le pignon ouest, Jean le Baptiste au-dessus d’un pot-à-feu27.

Dans la chapelle axiale les vitraux sont consacrés à la vie de la Vierge Marie depuis sa naissance, en bas de la baie de droite, jusqu’à son couronnement au Ciel, au sommet de la baie centrale. En bas de la baie de  gauche, Marie est représentée avec des rayons lumineux partant de ses mains ainsi que Catherine Labouré la décrit lors de l’une de ses apparitions28.

Notes :
1 — Parmi les nombreux passages obligés dans l’enceinte de Paris, celle-ci se situerait au début de l’actuelle rue du Faubourg-du-Temple. Montmartre et Belleville se disputent l’altitude la plus haute de Paris.
2 — Sans précédent par leur ampleur, elle est menée par le préfet Haussmann entre 1857 et 1867. Paris est alors doté de marchés, de casernes, d’hôpitaux, de théâtres, de parcs, d’égouts et de larges voies de circulation.
3— Sur la première pierre, retrouvée en 1854, il est écrit qu’elle fut «posée […] le IIIe jour de juillet 1645».
4 — Créée en 1802, lors de la réaffectation des édifices religieux par le concordat de 1801.
5 — 1807-1857. Cet historien de l’architecture du Moyen Age travaille en archéologue pour la restauration de la Sainte-Chapelle, de St-Séverin, de Saint-Germain-l’Auxerrois dont il est paroissien, et de Notre-Dame de Paris avec Viollet-le-Duc.
6 —1830-1866.
7 — Ces rues portent le nom du fleuve Jourdain où Jean a baptisé Jésus, dans le pays de Palestine.
8 — 1813-1883. Il est l’auteur de statues pour d’autres églises de Paris : Sainte-Clotilde (7e), Saint-Augustin (8e) et Saint-Bernard de La Chapelle (18e).
9 — Auguste Leloir (1809-1892). Peintre d’histoire religieuse et mythologique.
10 — Théodore Maillot (1826-1888). Peintre d’histoire notamment auteur d’une composition pour la coupole de l’Hôtel de Salm (Paris 7e), musée de la Légion d’Honneur.
11 — François Lacoste et Wandrille Thieulin, architectes du patrimoine, nés en 1952 et en 1954. Ils ont aussi rénové le chœur de l’église voisine : Saint-François-d’Assise rue de Mouzaïa (2004). Ulysse Lacoste, sculpteur, fils de François Lacoste, né en 1981, est l’auteur du mobilier du chœur dont la vasque de 1,40 m de diamètre.
12 — Le baptême est passage de la Mort à la Vie. En hébreu, le nom de Jésus signifie Dieu sauve.
13 — Classée au titre des Monuments Historiques en 2015, l’église est alors dotée de lustres à LED en complément de ceux installés lors de la rénovation du chœur.
14 — Elles évoquent cet épisode de la Bible : L’ange du Seigneur apparut dans la flamme d’un buisson en feu ; [Moïse] regarda : le buisson brûlait sans se consumer (Ex 3,2).
15 — 1929-2009. Ce maître verrier, élève de Dom Ephrem à l’abbaye d’En Calcat, a travaillé des dalles de verre, taillées ou éclatées insérées dans une fine résille de ciment teinté plus rigide que le plomb. Aussi auteur du vitrail de la façade de l’église Saint-Marcel en 1993 (Paris13e).
16 — La croix est teintée en vert comme dans les vitraux du déambulatoire de la cathédrale de Bourges (13e s.) restaurés par Steinheil en 1853.
17 — Auguste de Martel maître verrier français (✝en 1866).
18 — 1814-1885. Peintre décorateur et cartonnier spécialiste du Moyen Age et de l’histoire chrétienne. Il travaille avec Lassus pour la restauration de nombreux vitraux.
19 — 1841-1910. Auteur de chemins de croix de ce type en Ile-de-France comme celui de l’église Saint-Nicolas de Maisons-Laffitte (78600).
20 — Antoine-Louis Suret (1807-1876).
21 — Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899).
22 — 1915-1963. Son baptême eut lieu dans l’ancien baptistère situé dans la 1re chapelle du bas-côté gauche.
23 — Animés, jusqu’à sa mort, par Fernand Maillet (1896-1963), enfant de ce quartier et vicaire de cette paroisse.
24 — Congrégation de religieux fondée en 1918 par le Père Anizan (1853-1928) pour l’évangélisation des milieux populaires. Le Père Michonneau (1899-1983) curé de 1956 à 1966 a marqué la mémoire de la paroisse.
25 — Environ dix huit communautés venues principalement d’Asie, d’Afrique et d’Europe.
26 — Affirmation solennelle que la Vierge Marie a été préservée du péché originel (1854).
27 — Les flammes sortant de ce vase évoquent la fête de la Saint-Jean, le 24 juin, au solstice d’été. L’aigle est l’attribut traditionnel de Jean l’évangéliste.
28 — Le 27 novembre 1830 à la chapelle des Filles de la Charité, rue du Bac (Paris 7e).

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©ACF/Paris, 2017. Photos M. Baranger, E. Barboza, M. Caillon, CDAS-Paris/ADP, F. de Franclieu