Eglises Saint-François-de-Sales

Saint-François-de-Sales
6 rue Brémontier, Paris 17e (ancienne église)

15-17 rue Ampère, Paris 17e (nouvelle église)

M° Wagram

Visites ACF/Paris : 01 43 18 15 15

saintfrancoisdesales.net

La façade de l’église.
Vue de la nef.

Un des bénitiers en marbre blanc sur un thème de l’ange déjà utilisé à Saint-Jean de Montmartre.
L’ancienne église Saint-François-de-SalesSituée rue Brémontier, la première des deux églises Saint-François-de-Sales est liée au développement du 17e arrondissement de Paris, issu en 1860 du regroupement des villages des Ternes et des Batignolles, de la plaine de Monceau et des vignes des Epinettes. Plutôt champêtre, il vit sa population doubler grâce au percement de voies importantes : le boulevard Malesherbes en 1861, puis les rues Jouffroy, Ampère, Brémontier et Prony en 1863. On y comptait 5.000 âmes en 1872.

La distance entre l’église Saint-Ferdinand, aux Ternes, et celle de Sainte-Marie, aux Batignolles, était telle que Mgr Guibert1, alors archevêque de Paris, décida de faire construire ce premier édifice à mi-chemin, en bordure de la rue Brémontier alors au milieu des champs. Construit en moins d’un an par l’architecte Edouard Delebarre de Bay2, l’église fut consacrée en 1873 et dédiée à saint François de Sales, grand théologien qui sera proclamé docteur de l’Eglise quatre ans après par le pape Pie IX. La communauté des fidèles fut érigée en paroisse en 1875.

A l’extérieur, la façade de cette église autrefois campagnarde est aujourd’hui dans l’alignement d’immeubles cossus. Elle s’ouvre par un porche central surmonté d’un tympan et d’une statue représentant saint François de Sales. Un clocher carré ajouré de petites baies à colonnes la domine.

A l’intérieur, la nef, de style roman, est voûtée d’ogives qui reposent sur des piles carrées surmontées de chapiteaux au décor végétal. Elle mène au chœur de style gothique.

Les vitraux ont tous été réalisés à la fin du 19e siècle par l’atelier d’Henri Chabin3. Dans les bas-côtés, ils relatent la vie de saint François de Sales (cf. plan). Dans le chœur, ils représentent : à droite, les prophètes et les évangélistes entourant la Vierge avec l’enfant Jésus ; à gauche, les Pères de l’Eglise et saint Pierre ; au pied du vitrail central, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, précédés par de grands témoins de la foi chrétienne qui ont fait évoluer la société de leur époque.

A gauche et à droite du chœur, la chapelle de la Vierge et celle du Sacré Cœur sont ornées de toiles marouflées installées en 1881. Dans la première chapelle, Gustave-Adolphe Chassevent-Bacques4 a représenté deux épisodes de la vie de Marie, la mère de Jésus : l’Annonciation et la Visitation.

Une copie de la statue de Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance5 rappelle la dévotion que portait saint François de Sales à la Vierge Marie lorsque, étudiant à Paris, il allait prier à Saint-Etienne-des-Grès, église du Quartier Latin aujourd’hui disparue.

Dans la seconde chapelle, Henry Daras6 a illustré deux scènes de l’Evangile — Jésus percé d’un coup de lance (Jn 19, 34) et l’Incrédulité de Thomas (Jn 20, 26) — et deux autres ayant un lien avec la Passion du Christ peintes en 1934.

Au fond de l’église, les deux anges qui présentent un bénitier ont été sculptés par Anne-Marie Roux-Colas7 entre 1930 et 1933 comme les statues de sainte Thérèse de Lisieux et de saint Antoine de Padoue, dans le bas-côté droit. Dans le bas-côté gauche, un grand Christ en croix a été réalisé dans un seul bloc d’acajou par Raoul Podestá8 en 1933.

Cette église sert aux offices de semaine9.

La façade a été modifiée par des ajouts de locaux entre l’église et les immeubles mitoyens et dans les angles supérieurs.
Dans le porche, le Christ bénissant accueille le visiteur.
Les vitraux des bas-côtés.
Les voûtes de la nef et du chœur.
Dans cette série de vitraux, l’assemblage des dalles de verre coloré traduisent la dynamique de la Création du Monde.
La chapelle Saint-François-de-Sales avec la toile de Frédéric Montenard. Du même artiste, “Le Baptême du Christ”, “Le Christ marchant sur les eaux” (1921), “Le Christ et Marie Madeleine” (1924) complètent ce décor.

Jésus ressuscité entouré de Marie et Jean, sculptés dans le chêne par Jozef Pirz, artiste polonais vivant à Paris, né en 1946.

La nouvelle église Saint-François-de-Sales

En 1905, le quartier comptait 35 000 âmes et l’église n’était plus assez grande. Un terrain contigu donnant rue Ampère, acheté en 1911, fut confié à l’architecte Joseph-Eugène Ewald10 pour y construire une autre église. En 1913, il acheva cet édifice néo-roman, également dédié à saint François de Sales, plus vaste, qu’il plaça contre le chevet de l’ancienne pour gagner un maximum d’espace.

A l’extérieur, la façade dépourvue de clocher s’aligne sur les immeubles. Elle se signale par un porche profond composé de trois arcades en plein cintre, par une rangée de petites ouvertures jumelles sous trois hautes baies et par un fronton triangulaire surmonté d’une croix. Dans le porche, un Christ bénissant accueille le visiteur11.

A l’intérieur, la large nef est couverte d’une voûte en berceau dont l’appareillage circulaire fait effet de coupole. La galerie du triforium court au-dessus d’arcades en plein cintre reposant sur des colonnes à chapiteaux décorés de feuillage et d’entrelacs.

Dans le chœur, l’ancien maître-autel, le crucifix et le dais qui le protège, se détachent sur le mur de l’abside resté nu. Le Christ préside dans le vitrail central. Saint Jean et saint Pierre sont représentés dans ceux de droite, saint Paul et saint François de Sales dans ceux de gauche. Ces baies ont été réalisées en 1913 par l’atelier Mauméjean12.

Au-dessous, les vitraux des petites baies déclinent des symboles liés à l’Eucharistie célébrée en ce lieu : les instruments de la Passion du Christ avec la couronne d’épines, une coupe, un phénix, l’agneau vainqueur, le Sacré Cœur, l’agneau immolé, une colombe et une ancre, un pélican, une gerbe de blé, une grappe de raisin, de l’encens, un ostensoir. Sur trois d’entre eux, les mots latins FIDES, SPES et CARITAS font référence aux trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et l’Amour.

Un temps interrompue par la guerre, la décoration de l’église reprit avec Frédéric Montenard13 en 1917 dans les chapelles latérales : La Nativité dans celle de gauche et Saint François de Sales s’entretenant avec les visitandines d’Annecy dans celle de droite.

Dès son arrivée en 1919, le nouveau curé, Eugène-Edmond Loutil14, fit appel à des artistes qu’il avait déjà fait travailler à Saint-Jean de Montmartre. Il mit en œuvre une sorte d’hymne à saint François de Sales qui incarnait de hautes vertus évangéliques et disait : “Rien par force, tout par amour”.

C’est ainsi que les vitraux des bas-côtés commandés en 1923 à Jacques Damon15 et réalisés par l’atelier Jac Galland16 sur des cartons d’Ernest-Pascal Blanchard17, représentent un jardin pieux qui évoque la Savoie, terre natale de saint François de Sales. Poursuivant l’œuvre commencée par son prédécesseur, il commanda ensuite à l’atelier Mauméjean des vitraux pour la nef et la tribune de l’orgue, dans le même style néo-gothique que ceux du chœur. Seules les baies en vis-à-vis de la première travée étaient finies en 1933. Elles représentent saint François d’Assise et saint Augustin à droite, saint Jérôme et saint Antoine de Padoue à gauche. Quant à la verrière de la tribune de l’orgue, elle retrace la vie du Christ.

Ainsi la partie basse de l’église rappelle le monde terrestre avec la Savoie, où vécut saint François de Sales, tandis que les hauteurs de la nef et du chœur évoquent le ciel avec des représentations de grands saints qui, comme lui, ont illustré l’Eglise et l’Evangile par leur vie et leurs écrits.

Le tabernacle de l’autel de la chapelle Saint-François-de-Sales est d’Alexandre Descatoire18, la statue de Sainte Jeanne d’Arc de Charles Desvergnes19, celle de Saint Antoine de Padoue d’Arthur-Joseph Guéniot (1912)20, Le Christ au tombeau, de Léon Comerre21 et La prière des humbles, une intéressante scène de genre d’Ernest-Pascal Blanchard, tous artistes renommés à l’époque.

La seconde guerre mondiale a gelé le projet décoratif mis en place en 1919. Ces dernières années, le vitrail du Jubilé commémorant le début du nouveau siècle22 et la suite flamboyante évoquant les sept jours de la Création23, sont venus le compléter dans la nef.

La nouvelle église Saint-François-de-Sales est réservée aux offices du dimanche et aux grandes célébrations.

Vitrail de la première église illustrant la vie de saint François de Sales (détail).
Saint François de Sales

Né en 1567 près d’Annecy, dans une famille aristocratique, il voua sa vie à Dieu dès sa jeunesse, fit des études de théologie à Paris et en Italie. Ordonné prêtre en 1593, il fut nommé évêque de Genève en 1602, en terre protestante où il ne put résider. Il vécut à Annecy à partir de 1610 après plusieurs séjours à Paris et en Savoie. Il mourut à Lyon en 1622. Par ses prédications et ses écrits, il mit l’Evangile à la portée de tous, laïcs et religieux, les incitant à “la dévotion, fleur de l’amour” notamment avec son livre L’Introduction à la vie dévote (1608). En 1610, il fonda l’ordre des Visitandines avec Jeanne de Chantal pour le service de Dieu dans la prière et la charité. Ami de Vincent de Paul, théologien et docteur de l’Eglise, il influença l’Eglise et le pouvoir de son temps. Depuis la fin du 19e siècle, il est un guide spirituel très apprécié.

Notes (ancienne église :
1—1802-1886. Archevêque de Paris qui initia des travaux du Sacré-Cœur en 1871.
2—Elève de Viollet-le-Duc et proche de Baltard, qui fit une réplique de cette église à l’Immaculée-Conception, Paris 12e. Il édifia les Pompes funèbres municipales (1875). Un centre artistique y est installé depuis 2008 : Le Centquatre.
3—Peintre verrier français actif entre 1868 et 1895.
4—1818-1901. Elève du portraitiste et peintre d’histoire, Léon Cogniet (1794-1880).
5—Cette statue du 14e siècle, dite Vierge noire de Paris, est conservée par les Sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve à Neuilly-sur-Seine.
6—1850-1928. Elève de Puvis de Chavannes.
7—1898-1993. Artiste figurative et moderniste qui se consacra à la sculpture religieuse et travailla au décor de Sainte-Odile.
8—1899-1970. Peintre et sculpteur argentin qui vécu à Paris vers 1930.
9—Dans le couloir reliant cette église à la nouvelle, pour les offices du dimanche, des médaillons retracent des épisodes de la vie de saint François de Sales. Tout près, l’Espace Brémontier complète et manifeste la vitalité de la paroisse dans le quartier.

Notes (nouvelle église) :
10—1850-1924. Architecte des Monuments Historiques, aussi auteur d’édifices publics à Paris.
11—Mosaïque d’Edouard Fournier (1857-1917) qui travailla au Grand Palais.
12—Famille de verriers et mosaïstes qui travailla de l860 à 1957 sur de nombreux sites à Paris et dans le monde.
13—1849-1926. D’origine provençale, cet élève de Puvis de Chavanne a peint le décor de la grande salle du restaurant de la Gare de Lyon, Le Train Bleu (1900).
14—1863-1959. Chroniqueur à La Croix sous le nom de Pierre L’Ermite, curé de Saint-Jean de Montmartre (Paris 18e), puis de Saint-François-de-Sales jusqu’à sa mort, ses homélies étaient appréciées de ses paroissiens. Il tissa des liens avec les artistes de son temps et en appela certains au décor de l’église Sainte-Odile (Paris 17e). En 1924, il fut chargé de l’Atelier des Artistes professionnels qui réunissait des talents, parfois qualifiés art déco. En 1931, il prit part aux Chantiers du Cardinal lancés par le cardinal Verdier.
15—Cet artiste, mort en 1947, a collaboré à la reconstruction d’églises dans la Somme et en Picardie.
16—Maître verrier, mort vers 1922, installé à Paris. Ses œuvres sont un hymne à la nature. Il travailla aussi à Saint-Jean-de-Montmartre.
17—1807-1900. Connu pour ses décors à la basilique du Sacré-Cœur.
18—1874-1949. Auteur de l’une des statues d’or du Palais de Chaillot, pour l’Exposition de 1937.
19—1860–1929. Auteur de monuments commémoratifs et de nombreuses représentations de Jeanne d’Arc.
20—1866-1951. Elève de Gustave Moreau, il travailla à Saint-Jean de Montmartre. Il est renommé pour ses nombreuses statues religieuses.
21—1850-1916.
22—En 2000. Sur la maquette d’un paroissien.
23—En 2010. Par Margosha Rançon, paroissienne.

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©ACF/Paris, 2012.

Photos CDAS-Paris, M. Beaudoin, M. Baranger, J. Chatelain.