Saint-Eugène

Eglise Saint-Eugène
4 bis rue Sainte-Cécile, Paris 9e

M° Bonne-Nouvelle

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saint-eugene.net

La façade de l’église, dépourvue de clocher.
Dès l’entrée l’œil embrasse tout le volume de l’église. Des étoiles ornent les voûtes, peintes en jaune vif dans la nef et en bleu nuit dans les absides.
Le réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs au 19e siècle devenu la bibliothèque des “dessins, descriptions et livres dans tous les genres d’arts et métiers” en 1802 (l’actuel Conservatoire national des Arts et Métiers, 292 rue Saint-Martin à Paris 3e). Lithographie de Félix Benoist, “Paris dans sa splendeur”, Nantes, 1861.
Détail du vitrail du chœur représentant la Cène.
Vitrail représentant la troisième station du chemin de croix : Jésus tombe pour la première vois.
Au milieu du 19e siècle, dans le faubourg Poissonnière alors en vogue et en pleine croissance, il manquait une paroisse avec son église. C’est pourquoi, en 1854, il fut décidé de créer une nouvelle paroisse1 entre celles de Saint-Vincent-de-Paul, au nord, et de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, au sud. L’église a été dédiée à saint Eugène2bien né en grec — originaire d’Orient, martyrisé au 6e siècle, dont le corps aurait été miraculeusement conservé dans le lac Marchais à Deuil-la-Barre près d’Enghien3.

L’église Saint-Eugène est l’un des premiers édifices français où le fer et la fonte sont clairement employés4. Louis-Auguste Boileau5 l’édifia avec un petit budget, sur la totalité d’un terrain exigu6, entre mai 1854 et décembre 1855, dans le goût de l’époque pour le gothique du 13e siècle.

Les matériaux choisis, peu onéreux et performants, lui permirent de supprimer les combles et de poser la toiture directement sur les arcs métalliques, de réduire la section des piliers tout en gardant une belle hauteur sous voûte (23 mètres dans la nef et 15 dans les collatéraux), de supprimer les arcs-boutants et de ramener les murs à de simples parois.

Edifiée en même temps que le Palais de l’Industrie et des Beaux-Arts de la première Exposition universelle de Paris7, cette église fut un temps nommée l’église de l’Exposition universelle. En raison de sa proximité avec le Conservatoire de Musique et de Déclamation8, elle fut aussi appelée l’église du Conservatoire.

En 1952, le vocable Sainte-Cécile, patronne des musiciens, fut ajouté au nom de la paroisse pour rappeler cet ancien voisinage qui avait permis à la plupart des élèves et des professeurs de venir s’exercer à l’orgue. L’église avait d’ailleurs été privée de cloches pour ne pas gêner les cours.

En 2000, Mgr Lustiger, cardinal archevêque de Paris, bénit le carillon. Il procéda en même temps à la dédicace de l’église9. En effet, en 1855 on ne consacrait que la pierre, seul matériau noble.

A l’extérieur, une suite de pignons en pierre d’égale hauteur se dresse sur la rue du Conservatoire tandis que, rue Sainte-Cécile, le portail orné d’un gâble à crochets fait légèrement saillie sur le mur percé d’une rosace.

A l’intérieur, orienté au nord, c’est avec la lumière d’un bel après-midi que cet ensemble inspiré du gothique peut rappeler l’intérieur de la Sainte-Chapelle.

A la place des piliers massifs des églises d’antan, trente-six colonnes aussi fines qu’élancées séparent la nef des bas-côtés. Cette disposition permet une belle visibilité du maître-autel et de son tabernacle10.

Ces colonnes sont en fonte comme la structure des rosaces, les balustrades et les meneaux des baies11. Elles copient celles, en pierre monolithe, du réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, qui remonte au premier quart du 13e siècle.

Les vitraux datent tous de la construction de l’église.
Dans la nef, les grandes verrières évoquent, à l’ouest, la vie cachée de Jésus — de la Nativité (Lc, 1-17) à son Baptême dans le Jourdain (Lc 3, 21-22) — et, à l’est, sa vie publique — du miracle des Noces de Cana raconté par l’apôtre Jean (Jn 2, 1-11) à la fondation de l’Eglise sur l’apôtre Pierre à qui il remet les clefs du royaume des cieux : “Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église” (Mt 16,18-19). Ces vitraux, comme ceux du chœur, sont l’œuvre du maître verrier suisse Gaspard Gsell12.

Dans le chœur, la verrière centrale représente la Transfiguration, manifestation rayonnante de la nature divine de Jésus (Mt 17, 1-19), celle de gauche la Cène, son dernier repas avec ses disciples au cours duquel il institua l’Eucharistie Mt 26, 26-30, et celle de droite, sa prière au Jardin des Oliviers où il entra en agonie et fut arrêté pour être jugé (Mt 26,36-46). Ces deux épisodes précèdent sa Passion représentée sur les quatorze vitraux du chemin de croix13 situés sous les tribunes. Eugène-Stanislas Oudinot14 a choisi ce support, inhabituel, pour travailler d’après des cartons peints par Jean-Alfred Gérard-Seguin15.

Vitrail  de la chapelle dédiée à la Vierge Marie.

L’orgue.
La chapelle située à gauche du chœur est dédiée à la Vierge Marie. Dans celle de droite, dédiée à saint Eugène, les vitraux, comme ceux de la chapelle de la Vierge, sont d’Antoine-François Lusson16. Ils représentent les épisodes majeurs de la vie de saint Eugène, de sa prédication en Gaule à son martyre par décapitation à Deuil où son corps aurait été miraculeusement retrouvé dans le lac Marchais.

L‘orgue est la première réalisation française de Joseph Merklin17. Présenté à l’Exposition universelle de 1855 où il remporta un grand succès, il fut acheté pour l’église Saint-Eugène. C’est un orgue rare par sa facture romantique.

Églises parisiennes où le fer et la fonte sont des matériaux apparents

Notre-Dame-de-la-Croix, 1863-1880 : 3 place de Ménilmontant, 75020

Notre-Dame-du-Travail, 1899-1901 : 59 rue Vercingétorix, 75014

Saint-Augustin, 1860-1871, place Saint-Augustin, 75008

Saint-Honoré d’Eylau, 1896-1897 : 64 bis avenue Raymond-Poincaré, 75116.

Notes :
1 — Créée à l’initiative de Mgr Sibour, archevêque de Paris de 1848 à 1857, par un décret de Napoléon III du 6 mars 1854.
2 — Construite par l’empereur Napoléon III en souvenir d’Eugène de Beauharnais, son neveu, cette église eut pour marraine l’impératrice Eugénie de Montijo, ainsi que l’indique une plaque située sous l’orgue.
3 — La Légende dorée du 13e siècle assimile saint Eugène de Deuil (mort au 6e siècle, un 15 novembre) à saint Eugène, évêque de Tolède (mort au 7e siècle).
4 — La fonte est un alliage de fer et de carbone. Facile à mouler, moins coûteuse que le fer et plus résistante à la compression que le calcaire, elle sert pour les colonnes et les éléments décoratifs. Le fer malléable et de bonne résistance à la traction, est utilisé pour les charpentes et les structures portantes. L’église Saint-Eugène nécessita 161 tonnes de fonte et 57 tonnes de fer. Les premiers ouvrages d’art en fer sont l’Iron Bridge (1779, Grande-Bretagne) et le Pont-des-Arts (1801, Paris) reconstruit en 1984.
5 — 1812-1896. Auteur de l’église Sainte-Marguerite (Le Vésinet, 1865), de Notre-Dame de France (Londres, 1868) et aussi du premier magasin du Bon Marché (Paris, 1872), cet ancien entrepreneur de menuiserie d’art religieux fut initié à l’architecture par le dominicain et architecte Louis Piel (1808-1841). Il dota l’église du confort de l’époque : éclairage au gaz et chauffage par calorifère. Sa position sur la nécessité d’une architecture où le fer prime, l’opposa à Viollet-le-Duc partisan de ne pas appliquer au “fer fondu” l’apparence du gothique. Jules Verne se maria dans cette église en 1857.
6 — Une partie (50 x 25 mètres) de celui occupé depuis 1763 par les remises des décors des fêtes royales à Paris : l’Hôtel des Menus-Plaisirs. Le Directoire (1795-1799) y installa ensuite le premier Conservatoire national de Musique et de Déclamation.
7 — 1855. C’est la deuxième du genre après celle de 1851 à Londres. Une imposante façade en pierre cachait l’immense nef en fer et verre de cette salle d’exposition.
8 — En 1911, le Conservatoire de Musique a été transféré rue de Madrid (75008), laissant la place au Conservatoire d’Art dramatique.
9 — Consécration solennelle de l’église, fêtée chaque année à sa date anniversaire.
10 — Dans la Bible, ce mot désignait la tente qui protégeait l’Arche d’Alliance pendant l’Exode. Dans les églises catholiques, c’est la petite armoire où sont conservées les hosties consacrées.
11 — Les colonnes ont un diamètre de 30cm et une épaisseur de 2cm.
12 — 1814-1904. Maître verrier suisse, élève d’Ingres, auteur des vitraux de Sainte-Clotilde (1856), Saint-Vincent-de-Paul (1857), Saint-Gervais (1868), Saint-Bernard de La Chapelle (1861). Son atelier situé à Montparnasse fut l’un des plus actifs de son époque, en France et en Europe. Le vitrail de la Cène dans le chœur est signé : LAURENT-GSELL, Paris 1855.
13 — Devenus les gardiens officiels des lieux saints en 1342, les franciscains sont à l’origine de cette méditation sur la Passion du Christ, faite le vendredi saint.
14 — 1827-1889. Cet élève de Delacroix venait d’être lauréat du concours pour la restauration des vitraux de Notre-Dame de Paris. Il est aussi l’auteur des verrières du chœur de l’église de La Sainte-Trinité à Paris 9e (1866).
15 — 1805-1875. Peintre et illustrateur, auteur, en 1841, du relevé des fresques de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne).
16 — Né au Mans en 1818, ce peintre verrier est à l’origine des ateliers Lusson très actifs dans la Sarthe au 19e siècle. Il est l’auteur de verrières à Saint-Laurent (Paris 10e), Saint-Germain-des-Prés (Paris 6e), et Saint-Germain-l’Auxerrois (Paris 1er). Il restaura les vitraux de la Sainte-Chapelle de 1849 à 1861.
17 — 1819-1905. Ce facteur d’orgue international, né en Allemagne, s’installa à Paris en 1855. L’orgue de Saint-Eugène possède 33 jeux, trois claviers de 56 notes chacun, un pédalier de 27 notes et 1941 tuyaux.

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©ACF/Paris, 2018.

Photos CDAS-Paris, M. Beaudoin, M. Baranger, J. Chatelain, J. Piedeloup.