Saint-Christophe de Javel

Saint-Christophe de Javel

4 rue Saint-Christophe, Paris 15e

M° Javel-André Citroën

Visites ACF/Paris : 01 45 78 33 70

scjavel.net

Les fins piliers cruciformes dégagent la vue vers l’autel. Les voûtes de la nef sont autoportantes et les arcs qui semblent les soutenir ne font qu’équilibrer l’effet général du vaisseau. Ils sont évidés par des croix de Saint-André qui rappellent les croix rayonnantes des vitraux.
La fresque du chœur peinte par Henri-Marcel Magne représentant saint Christophe, patron des voyageurs
Au fond de la nef, des verres moulés translucides filtrent la lumière naturelle autour de la porte d’entrée

L’autel de la chapelle du Saint-Sacrement (cuivre repoussé,étamé, et doré)
Depuis le 15e siècle, sur la rive sud de la Seine, le lieu dit Javetz tire son nom d’un javeau, sorte d’îlot sableux, se créant et se déplaçant à chaque crue.

En 1777, une manufacture s’installa à cet endroit pour fabriquer une solution chimique à base de chlore utilisée pour blanchir les toiles, vite appelée Eau de Javel1. A la fin du 19e siècle des ateliers de mécanique investirent les environs, produisant des véhicules : locomotives, wagons, aérostats, aéroplanes puis des automobiles avec les usines Citroën à partir de 1919.

Après le rattachement de Javel à Paris en 1863, le curé de Saint-Jean-Baptiste de Grenelle — soucieux du dénuement de la population de chiffonniers fixés dans ce secteur — fit construire une chapelle2 détruite en 1890 par le percement de la rue de la Convention.  Le culte reprit dans un hangar désaffecté jusqu’en 1898, année où une nouvelle chapelle fut édifiée à l’emplacement de l’église actuelle.

La communauté de ses fidèles fut érigée en paroisse en 1907. L’accroissement de la population du quartier et le développement des transports étaient tels en 1920 qu’il fut décidé de remplacer cette chapelle par une nouvelle église, plus vaste, et de la dédier à saint Christophe, patron des voyageurs.

La première pierre fut posée en 1921. Les travaux débutèrent à l’angle de la rue de la Convention par le presbytère, la chapelle de la Vierge, le clocher et se poursuivirent par ceux de l’église en 1926. Pour cet édifice proche du style néo-gothique, l’architecte Charles-Henri Besnard3 mit au point une nouvelle technique pour réduire les coûts : chacun des éléments en ciment armé était préfabriqué sur place dans des moules en bois ou en staff afin d’obtenir des surfaces nettes prêtes à recevoir un décor. Pour des raisons financières4, l’église — bénie en octobre 1930 par le cardinal Verdier, archevêque de Paris — ne fut achevée qu’en 1933 par l’inauguration des peintures de la nef.

L’entrée principale de l’église est située rue Saint-Christophe. Quelques marches mènent à un large porche à double auvent où sont sculptés les mots Regarde saint Christophe et va-t’en rassuré.

Un Saint-Christophe en haut-relief5 domine sur le pignon en béton et ajouré de claustras6 verticaux surmontés des lettres A, R et TAdveniat Regnum Tuum7 — et sculptés d’un extrait du rituel de la dédicace des églises8.

Sur les murs en briques de la rue, une suite de fresques réalisées par le peintre Henri-Marcel Magne9 et consacrées à saint Christophe portant secours aux voyageurs, conduit le visiteur à une seconde entrée située rue de la Convention. Un vitrail de Jacques Gruber10 sert de tympan à cette entrée. Il figure des ouvriers adorant une hostie présentée par un ange, avec Jésus crucifié au second plan dans une nuée.

A l’intérieur, la grande luminosité de la nef est due à douze vitraux de Henri-Marcel Magne inclus dans du ciment moulé en forme de croix rayonnante. Le jaune d’or — signe de gloire et de résurrection — jaillit du bleu d’un médaillon central orné des symboles utilisés par les premiers chrétiens : poissons, croix en forme d’ancre ou de trident, cerfs, agneaux et colombes s’abreuvant, image des fidèles se nourrissant de la parole de Dieu. Près du chœur, le blé et la vigne se rapportent à l’Eucharistie célébrée à l’autel sous la forme du pain et du vin.

Le pavage orné de croix souligne le chemin vers le chœur : un rideau de claustras fait jouer la lumière et laisse imaginer un au-delà sous les fresques de Henri-Marcel Magne où les conducteurs et les voyageurs de l’époque invoquent la protection de saint Christophe.

L’ancien maître-autel avec ses trois panneaux de verre moulé ajoute à l’effet de transparence recherché dans cet espace. Max et Jean Braemer11 ont représenté au centre le Christ apparaissant aux disciples à Emmaüs, à gauche Isaac prêt à être sacrifié, à droite l’offrande de Melchisédech et la bénédiction d’Abraham.

Dans les bas-côtés, la lumière zénithale traverse des vitraux rectangulaires ornés des lettres S et C, initiales de saint Christophe.

Sur les murs, douze toiles marouflées peintes à la cire par Jacques Martin-Ferrières12 illustrent la légende du géant Reprobus13 écrite par Jacques de Voragine14 qui s’appuie sur le récit de la vie de chrétiens d’Asie Mineure, morts martyrisés vers 250 parce que porteurs de la parole du Christ. Restés anonymes, les grecs les désignaient par l’expression Christos phorein — littéralement : porter le Christ — qui donna le nom de Christophe.

Dans le bas-côté gauche, les confessionnaux sont intégrés au mur. Les linteaux de leurs façades gravés en relief par Max et Jean Braemer illustrent des commandements de l’Eglise tandis que sur les frontons triangulaires, des scènes de la vie quotidienne15 évoquent les vices et les vertus : charité et avarice, tendresse et violence, pureté et débauche, courage et paresse, sobriété et ivresse, douceur et colère.

Une statue de saint Christophe sculptée par André Monsigny16 rappelle un vœu des paroissiens pendant la seconde guerre mondiale.

Au fond de la nef, l’orgue17 se détache sur une fresque d’Henri-Marcel Magne dont les anges musiciens répondent à ceux du chœur. Cet ensemble souligne le caractère sacré de la musique des offices.

A droite, s’ouvre la chapelle du Saint-Sacrement, naguère dédiée à la Vierge. En 1969, le vitrail de Jacques Gruber représentant l’Assomption a été remplacé par un gemmail abstrait de Jean-Louis Rousselet18.

En 1985, Dominique Kaeppelin19 réalisa un crucifix et un autel où est figurée la Cène. En 2001, cet artiste compléta ce mobilier liturgique avec un ambon orné des symboles des quatre évangélistes : l’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’aigle pour Jean.

L’église Saint-Christophe a été le lieu d’expérimentation d’une technique novatrice qui se développa plus tard dans l’architecture civile. Dans ce quartier qui a perdu ses usines et sa population ouvrière, elle reste un des témoins parisiens de l’expression artistique de la foi du début du 20e siècle. Elle s’est s’enrichie d’œuvres plus récentes qui manifestent la vitalité de la communauté des fidèles.

Quelques églises construites ou commencées à Paris entre 1920 et 1940

Chapelle Sainte-Thérèse, 1923-1925 : 40 rue Jean-de-La-Fontaine, 75016

Saint-Léon, 1924-1933 : 29 rue Dupleix, 75015

Saint-François-d’Assise, 1924-1930 : 9 r.ue de Mouzaïa, 75019

Couvent Saint-François, 1935-1936 : 7 rue Marie-Rose, 75014

Saint-Pierre de Chaillot, 1930-1938 : 31 avenue Marceau, 75116

Saint-Antoine-de-Padoue, 1933-1935 : 52 boulevard Lefebvre, 75015

Sainte-Jeanne-de-Chantal, 1933-1962 : Place de la Porte de Saint-Cloud, 75016

Saint-Jean-Bosco, 1933-1937 : 79 rue Alexandre-Dumas, 75020

Sainte-Odile, 1935-1946 : 2 avenue Stéphane-Mallarmé, 75017

Saint-Ferdinand des Ternes, 1937-1941 : 27 rue d’Armaillé, 75017

Saint-Esprit, 1928-1933 : 7 rue Cannebière, 75012

Notes :
1—L’hypochlorite de soude découverte par Claude Berthollet (1748-1822).
2—Dédiée à saint Alexandre, pape, 5e successeur de Pierre qui vécut au début du 2e siècle.
3—1881-1946. Influencé par la pensée rationaliste d’Anatole de Baudot, architecte de Saint-Jean de Montmartre. Co-auteur en 1917 d’un brevet précurseur de la construction préfabriquée.
4—En partie dues au non réemploi des moules de ce chantier d’exception pour d’autres édifices.
5—Œuvre de Pierre Vigoureux (1884-1965), auteur de monuments aux morts et de statuettes évoquant la vie quotidienne.
6—Paroi ajourée clôturant une baie ou un espace.
7—Que ton règne vienne. Mots du Pater noster et devise des Pères Assomptionnistes, ordre caritatif et prêcheur créé en 1850, fondateur du journal La Croix. Ils eurent la charge de cette paroisse jusqu’en 1967.
8—Que ta demeure est aimable, ô Dieu des armées ; mon âme s’épuise en soupirant après les parvis du Seigneur (Ps. 61). O Dieu, accordez à tous ceux qui viendront dans ce temple implorer vos grâces, la joie de les avoir obtenues.
9—1877-1944. Architecte et décorateur, auteur de mosaïques dans la basilique du Sacré-Cœur à Paris.
10—1870-1936. Un des fondateurs de l’Ecole de Nancy à l’origine de l’Art Nouveau.
11—Maximilien Guillaume, dit Max Braemer (1860-1941), sculpteur et son fils Jean Braemer (1897-1950) dessinateur.
12—1893-1972. Peintre paysagiste inspiré par les nabis. Une toile marouflée est une toile peinte collée directement sur le mur. La peinture à la cire est une technique très ancienne et très résistante qui mêle la couleur à de la cire chaude.
13—Nom signifiant le réprouvé. Au service des puissants, il s’étonna de leur peur de Satan, puis de celle de Satan à la vue d’un crucifix et se mit alors au service de Dieu en devenant passeur de torrent. Surpris un jour par le poids d’un enfant qu’il aidait, il comprit qu’il avait porté le Christ.
14—1228-1298. Auteur de La Légende Dorée qui rassemble des vies de saints et de martyrs.
15—D’après des dessins d’Auguste Roubille (1872-1955), affichiste et illustrateur humoriste de la presse illustrée.
16—1911-1958. Sculpteur qui incita à une rénovation de l’art sacré.
17—Construit en 1970-1972 par le facteur d’orgues Curt Schwenkedel. L’église est connue pour ses concerts et ses chœurs.
18—Le gemmail est un vitrail dont les pièces de verre sont superposées et collées. Jean-Louis Rousselet est né en 1938.
19—Sculpteur né en 1949, auteur de nombreuses œuvres d’art sacré dont une récente Vierge à l’Enfant à Notre-Dame-du-Rosaire (Les Lilas).

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©ACF/Paris, 2016. Photos Bernard Marx.